Ce réalisateur marocain qui veut changer l’image des Arabes à Hollywood

 Ce réalisateur marocain qui veut changer l’image des Arabes à Hollywood

Aziz Tazi


 


Il savait qu'il réussirait alors il est parti. Basé à Los Angeles depuis 2 ans, Aziz Tazi, Marocain de 25 ans, originaire de Casablanca, est en passe de réaliser son rêve : sortir son premier long métrage.


 


« J'ai toujours voulu faire du cinéma. A 12 ans déjà, je m'amusais à monter sur mon ordinateur toutes sortes d'images », avoue celui qui a décidé de tenter sa chance aux Etats-Unis. Un pari gagnant puisque Night Walk devrait sortir sur les écrans dans quelques semaines, début 2016 donc.


Une comédie romantique qui se transforme en drame criminel. L'histoire d'un Américain qui tombe éperdument amoureux d'une fille arabe et décide de la demander en mariage dans son pays natal, avant d'être emprisonné à tort pour son meurtre. « J'espère que ce film changera un peu l'image que certains ont des Arabes ici », dit un brin optimiste Aziz.


« Même si on entend beaucoup parler de Donald Trump, il y a énormément d'Américains qui voient autrement que lui et qui sont pour le vivre ensemble », croit-il. « Aux Etats-Unis, les communautés sont souvent stéréotypées, et les rôles tenus par les Arabes sont toujours les mêmes : ils jouent soit les cheikhs milliardaires ou, dans un registre plus péjoratif, les terroristes », se désole Aziz.


Mais avant d'en arriver là, Aziz Tazi a dû batailler ferme. « Etre artiste, ce n’est pas valorisé dans la culture arabe », regrette-il. « J'ai donc dû faire ce qu'on m'a dit de faire avant de pouvoir voler de mes propres ailes », concède-t-il. 


Elève brillant, Aziz Tazi obtient une bourse du gouvernement français. Pendant quatre ans, il enchaîne les diplômes ; de l'ingénierie à la prestigieuse Centrale, la grande école parisienne. Il ne lâche pas sa passion et participe à des concours, remportant, entre autres, l’Orange Reporter Award.


Ses études finies en France, Aziz s’envole alors pour les États-Unis pour effectuer un master à Berkeley, qu'il décrochera en 2013. Un choix pas anodin puisque son université n'est qu'à quelques kilomètres… des studios d'Hollywood. « Je voulais me rapprocher de l'industrie du cinéma américain. Los Angeles en est le cœur et il est plus facile de réussir en y étant », pointe le jeune homme.


En marge de ses études américaines, il réalise son premier film, Imago, un thriller de 48 mn. Remarqué, il décroche le poste de manager pour « l'arab film festival » : un immense événement annuel où pendant cinq week-ends, sont projetés dans cinq villes américaines du sud-ouest près de 150 films. Ce job lui « ouvre les portes » de soirées où se croisent le gratin du cinéma.


« Il y a beaucoup d'escrocs, c’est vrai », s’accorde à dire le jeune homme, « mais aussi des gens sérieux », sourit-il. « Un jour, j'ai rencontré un producteur avec qui j’ai bien accroché », se souvient Aziz. Le Britannique Keith Barrows, un vétéran de la Paramount croit tout de suite en son idée de film. Il est bien le seul… « J'ai eu beaucoup de mal à trouver des producteurs pour mon long-métrage », confirme le jeune cinéaste.


Après plusieurs rejets des maisons de production, c’est donc avec « 360 Studios » qu’il démarre son projet. Son premier long métrage Night Walk sera bientôt sur les écrans, avec à l'affiche plusieurs grands acteurs, comme Eric Roberts (The Dark Knight, The Expendables), Tiny Lister (Le cinquième élément, Jackie Brown, Friday) ou Patrick Kilpatrick (Minority Report, L'effaceur).


« Même si c'est un peu moins simple qu'avant, le rêve américain existe toujours », conclut très modestement les yeux qui brillent, le très talentueux Aziz Tazi.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.