Une soirée de soutien pour les trois artistes tunisiens condamnés à un an de prison pour consommation de cannabis

 Une soirée de soutien pour les trois artistes tunisiens condamnés à un an de prison pour consommation de cannabis

FRED TANNEAU / AFP


 


Ils sont artistes et viennent d’être condamnés à un an de prison pour consommation de cannabis. De plus en plus de voix s’élèvent contre « cette injustice ». Ala Eddine Slim est réalisateur, scénariste, monteur et producteur de cinéma. Fakhri El Ghezal est photographe et plasticien. Atef Maâtallah est peintre et dessinateur.Leur comité de soutien a décidé d’organiser, ce vendredi 18 décembre à partir de 19h30 au CineMadart à Carthage, une soirée pour leur rendre hommage et demander leur libération. 


 


Soupçonnés en premier lieu d’activités terroristes, condamnés le 8 décembre dernier à un an de prison ferme et à 1000 dinars (environ 500 euros), ils se retrouvent en prison pour consommation de cannabis. Rappel des faits.


Jeudi 19 novembre, ils sont tous les trois réunis chez Ala Eddine Slim, qui vit à Nabeul, au sud-est de Tunis. En milieu d’après-midi, la police débarque et emmènent les trois amis au commissariat. Ils sont en premier lieu soupçonnés d’activités terroristes.


« La descente est effectuée par trois brigades différentes composées d’une quinzaine de policiers armés et protégés par des gilets pare-balles, qui, croyant démanteler une dangereuse cellule terroriste, se retrouvent nez à nez avec trois artistes qui boivent des bières et une prof aux beaux-arts enceinte de huit mois », raconte un des amis des artistes.


Consciente de sa boulette, la police tunisienne ne veut pas perdre la face et l’affaire s’oriente désormais vers une simple consommation de cannabis. La loi 52 fait le reste. « La loi 52 sert d’outil d’incrimination par défaut si on ne trouve rien contre la personne », explique l’ONG Human Rights Watch.


« Une Loi 52 humiliante qui envoie des milliers d’individus dans des prisons surpeuplées », détaille de son côté, dans un communiqué, le comité de soutien des trois artistes, rappelant que « cet événement fait suite à la vague d’arrestations arbitraires survenues les dernières semaines et aux condamnations pour le moins étranges de la jeunesse vive du pays. Adnène Meddeb et Amine Mabrouk condamnés à cause d’un paquet de feuilles à rouler. Fakhri El Ghezal, Atef Maâtallah et Ala Eddine Slim condamnés pour détention de stupéfiants après une descente de police pour suspicion d’activités terroristes ».


Avant de conclure : « nous ne soutenons pas Atef Maâtallah, Fakhri El Ghezal et Ala Eddine Slim parce qu’ils sont parmi les artistes tunisiens les plus intéressants, talentueux, prometteurs et distingués de leur génération, ni parce qu’ils ont offert à ce pays infiniment plus qu’il ne leur a offert en retour, nous les soutenons car ils sont victimes d’un fiasco policier les prenant pour des terroristes, puis justifiant ce fiasco par l’accusation fallacieuse de consommation de cannabis.


Nous les soutenons parce que le rapport de police est rempli d’inexactitudes, de contradictions et de pièces ajoutées au dossier par miracle une heure avant l’audience alors que les prévenus étaient incarcérés depuis 19 joursNous les soutenons car ils sont victimes d’une loi vieille de 23 ans qui remplit les prisons d’innocents pour les transformer en criminels ou en terroristes puis les relâcher pour qu’ils remplissent les rues de violence ».


Une pétition a été lancée sur le net, pour la libération de ces trois artistes tunisiens.


Nadir Dendoune


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.