Rassemblement en faveur des réfugiés : la crainte d’une récupération augmente parmi les militants

 Rassemblement en faveur des réfugiés : la crainte d’une récupération augmente parmi les militants

Campement de migrants de La Chapelle à Paris en mai 2015. Eric Feferberg/AFP


À 24 h du rassemblement « Pas en notre nom », « en solidarité avec les migrants », qui aura lieu ce samedi 5 septembre Place de la République à Paris à 17 h, la polémique ne cesse d’enfler. Tout est parti d’un article écrit par Mélina et Sarra, deux membres du collectif « La Chapelle en Lutte ». Les auteurs dénoncent dans le rassemblement de demain « un coup de force, et une récupération (politique) des luttes actuelles des migrants ». 


 


 


Mélina et Sarra divulguent même les noms des organisateurs, qui avaient choisi de rester en retrait. Et le nom de Raphaël Glucksmann, fils du philosophe André Glucksmann, un proche de Sarkozy, fait irruption.


Valérie Osouf, une réalisatrice de 43 ans, très active dans le mouvement des réfugiés depuis trois mois, ne comprend pas cette polémique. « J’ai rencontré pour la première fois Raphaël Glucksmann hier (jeudi 3 septembre). Il est venu de son plein gré nous voir à la Maison des réfugiés (NDLR : située au Lycée Guillaume Bude dans le 19ème, occupé depuis le 31 juillet par les réfugiés), pour discuter du rassemblement de demain. Même si nous avons de vrais points de divergence sur nos idées politiques, nous sommes d'accord sur d’autres choses : tant sur la fermeture de Frontex (NDLR : des associations accusent l’agence d’empêcher les migrants d’arriver sur le territoire européen en les refoulant afin qu’ils ne soient pas soumis au droit d’asile), que l'abrogation de la circulaire Dublin (le reglement de Dublin 3 indique que la demande d'asile doit OBLIGATOIREMENT être prise en charge par le 1er pays d'entrée du refugiés sur le territoire européen. Ce qui permet aux pays type France, Allemagne, Belgique etc de renvoyer des réfugiés vers le 1er pays d'entrée), et la régularisation de tous les sans-papiers, par exemple », reconnaît Valérie.


« Et il était aussi d’accord pour ne mettre en avant que les revendications des réfugiés et surtout ne pas se faire mousser devant la presse. Il a même refusé le JT de France 2 hier soir », explique-t-elle. « Le plus important c’est de se demander ce qu’il peut y avoir de positif pour les réfugiés et avoir 80 caméras braquées sur eux d’un coup, pour moi, c’est positif », embraie Valérie. « Que ce soit Glucksmann ou Tartempion qui soient à l'initiative du rassemblement de samedi, cette dynamique sera ce que nous en ferons » et n'oublions pas qu'il y a une vraie droite qui va bien au-delà du PS, avec tous les griefs que nous ayons pour lui », conclut Valérie Osouf. Joint, Raphaël Glucksmann ne désire pas par « principe donner d'interview avant samedi sur le mouvement ».


Rokso, un militant très actif dans la lutte de défense des réfugiés, voit dans la manifestation de samedi, « une manière pour les “Blancs” de dire Oui nous sommes capables de nous mobiliser ». « Cette manifestation devient alors un rassemblement qui met en avant les soutiens et non les revendications des réfugiés », regrette Rokso, « évacuant ainsi nos responsabilités » et rappelant que « ce sont les politiques impérialistes qui ont conduit à un tel désastre ».


Pour Mélina et Sarra, très critiques du rassemblement de demain : « nous ne pouvons pas être les figurants d’un show personnel. André Glucksmann avait fait carrière à partir des événements de 68. Ne laissons pas son fils ainsi qu’un groupement de communicants faire carrière sur les luttes des migrants, réfugiés et bénévoles ». Elles craignent la « fin de leur mouvement », « dans cette récupération qui se profile ».


Nadir Dendoune


 
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.