Île-Saint-Denis / Yohan : « Un flic m’interrogeait, l’autre me tapait dans les côtes »

 Île-Saint-Denis / Yohan : « Un flic m’interrogeait, l’autre me tapait dans les côtes »

Île-Saint-Denis- Sylvie la mère de Yoan sur les lieux où son fils a été violenté par la police. Crédit photo : Nadir Dendoune


Yohan a 18 ans, c’est l’année de son Bac. Il vit une adolescence heureuse à L’Île-Saint-Denis, sort avec ses copains, fait du sport, il est très proche de sa maman. C’est un « jeune sans histoire », précise d’emblée sa mère Sylvie, consciente que la plupart des gens ont moins de « compassion quand les flics tabassent un jeune délinquant ». Ce 21 avril 2020, les policiers ont cogné sur son fils alors qu’il n’avait rien fait. « Il était en règle, il avait son attestation. Malheureusement, il était là au mauvais moment, au mauvais endroit », regrette-t-elle.  


Une semaine après les faits, Sylvie est toujours sous le choc. « Ca m’a retournée cette histoire. C’est mon môme. Il aurait pu mal tomber, se fracturer la tête », explique-t-elle inquiète. 


Ce 21 avril, il est 22h quand Yohan sort faire son footing. Son chat de 14 ans malade a été piqué quelques heures plus tôt. « Ce chat faisait partie de la famille. Il est mort quasiment dans mes bras », raconte ce lycéen. « J’avais vraiment besoin d’aller me défouler », continue Yoan. Il remplit son attestation, enfile ses baskets et sort. 


Arrivé devant l’entrée du Parc de L’Île-Saint-Denis, « à 500m de chez moi », il voit deux jeunes courir.  « Deux flics en uniforme sont arrivés vers moi et sans même me parler, l’un d’eux m’a balayé. Je me suis retrouvé au sol, les mains dans le dos et ils ont commencé à me fouiller. Ils ont dû croire que j'étais avec les deux jeunes qui couraient. Tandis qu’un policier me posait des questions, un de ses collègues m’a mis un coup de pied dans les côtes. Les policiers me parlaient très mal alors que je restais très poli avec eux », raconte Yohan. 


« Comme beaucoup, je croyais que quand la police frappait quelqu’un, c’est qu’elle agissait en légitime défense, que la personne violentée avait fait quelque chose de répréhensible », avoue sa mère Sylvie, presque gênée par tant de naïveté. « J’ai perdu la confiance que j’avais en eux », continue cette fonctionnaire. 


Le lendemain de son agression, Yohan est parti avec sa mère voir le médecin. Bilan : 4 jours d’ITT, grosses douleurs à l'épaule droite, au genou droit, à la hanche et aux cervicales…


« Si mon fils n’était pas majeur, je serai allée porter plainte pour lui », assure Sylvie. Parce que son fils Yohan, lui, a décidé de ne pas donner suite. « Ca s’est passé, je ne peux pas revenir en arrière. Dans quelques temps, ça sera derrière moi. Si je vais porter plainte, cette histoire durera encore longtemps », conclut fataliste le jeune homme. 


 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.