Décès de la chanteuse populaire marocaine, El Haja El Hamdaouia

 Décès de la chanteuse populaire marocaine, El Haja El Hamdaouia

El Haja El Hamdaouia au festival d’Essaouira

C’est l’une des grandes pages de l’histoire et du patrimoine populaire marocain qui se tourne. La chanteuse, El Haja El Hamdaouia est décédée aujourd’hui à l’hôpital Cheikh Zayed à Rabat.

La star du chaâbi marocain n’est plus. El Haja El Hamdaouia a rendu l’âme après un transfert en urgence le 1er avril à l’hôpital Cheikh Zayed à Rabat. Agée de 91 ans, elle a marqué et bercé plusieurs générations avec ses chansons populaires.

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Une femme qui a « réalisé quelque chose dans sa vie »

Icône de la musique marocaine, elle se retire de la scène artistique en 2020. Lors de sa dernière conférence de presse, elle annonce alors être malade. Elle estime avoir assez donné à la scène musicale marocaine. El Haja El Hamdaouia ne voulait alors pas « tomber sur scène avec son bendir ».  Elle cède alors les droits de son riche répertoire gracieusement à la chanteuse Xena Aouita, fille du célèbre athlète Saïd Aouita.

Née à Casablanca en 1930 à Derb Sultan, elle modernise la musique chaâbi. Elle se disait d’ailleurs « émue » de voir des jeunes « chanter ses chansons ». Cela lui donnait l’impression d’avoir « réalisé quelque chose dans sa vie. »

Des armes sous les caftans

Véritable monument, elle a connu la colonisation, la résistance et l’indépendance. Elle  vient à la musique et au théâtre par hasard. Elle commence par les planches au sein d’une troupe arabe. Avant-gardiste et féministe, elle sera l’une des premières femmes marocaines à jouer au théâtre au Maroc. La diva découvre la musique grâce à son père mélomane. Paradoxalement, son père s’opposera à sa carrière car il avait « peur » pour elle.

Outre son action culturelle, El Haka Hamdaouia est aussi une femme politique. Durant la colonisation, elle s’implique dans la résistance à l’occupation française. Elle traverse les villes, des armes cachées sous ses caftans. Après une chanson politique contre les Français, elle se retrouve quelques jours en prison avant d’être libérée.

Un chaâbi moderne et entrainant

Son style reste dans toutes les mémoires durant sa longue carrière de 70 ans. En effet, El Hamdaouia apporte modernité au répertoire chaâbi. Elle incorpore tout d’abord des instruments modernes comme le clavier, la basse ou la guitare. Dans les années 50-60, elle côtoiera Mohamed Fouiteh, Maâti Belkacem mais aussi le célèbre Salim Hilali, surnommé « le Bécaud arabe ». Avec ces compositions, ils feront la renommée du prestigieux cabaret, le Coq d’Or dans le quartier de Mâarif à Casablanca.

Les mélodies et chansons de El Haja El Hamdaouia sont dans toutes les têtes. Derrière la mélodie entrainante, on pouvait distinguer son filet de voix reconnaissable parmi tant d’autres. On se rappelle ainsi de Daba Yji, Jiti Majiti, Dada ou Hiyani, Ajay y Dir ou Mal Hbibi’Liya.

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Misère et regain d’intérêt

Durant les années 80-90, elle tombe un peu dans l’anonymat. Elle vit alors dans une chambre de bonne à Paris. Tombée malade, elle survit grâce à quelques dates. C’est le Roi Mohamed VI qui l’a sortira de ses difficultés financières.

En 2017, pour sa 11ème édition, le festival international du Raï d’Oujda l’avait mis à l’honneur. Elle avait alors interprété ses plus grandes compositions cultes. Ses chansons ont passionné aussi la 15ème édition du festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira quand elle partage la scène avec Raymonde El Bidaouia, une autre icône de la chanson marocaine.

La rédaction du Courrier de l’Atlas présente toutes ses condoléances à la famille de Haja El Hamdaouia qui resta gravé dans la mémoire des Marocains.

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Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.