« Bac Nord » : un journaliste irlandais remet en place l’équipe de tournage sur les clichés que véhicule le film

 « Bac Nord » : un journaliste irlandais remet en place l’équipe de tournage sur les clichés que véhicule le film

(G-D) : Kenza Fortas, François Civil, Karim Leklou, Cédric Jimenez, Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos et Hugo Selignac assistent à la conférence de presse « Bac Nord » lors de la 74e édition du Festival de Cannes le 13 juillet 2021 à Cannes, France. ANDREAS RENTZ / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Ce mardi 13 juillet, lors de la conférence de presse du film « Bac Nord » à Cannes, un journaliste irlandais a dénoncé la mauvaise image donnée aux habitants des quartiers populaires, représentés toujours « comme des bêtes » dans les films ou les médias français.

 

Basé sur une histoire vraie, le film « Bac Nord », présenté hors compétition au Festival de Cannes, raconte la descente aux enfers d’un groupe de policiers dans les quartiers nord de Marseille. Il montre les dérives de la police du côté de l’uniforme et plonge le spectateur dans une affaire qui s’est terminée par la condamnation à des peines avec sursis pour onze prévenus policiers.

Mardi 13 juillet, lors de la conférence de presse, un journaliste irlandais de l’AFP a interpellé tenu l’équipe du film sur la dimension politique du long métrage. Selon le journaliste, qui précise d’abord avoir apprécié le film, le réalisateur Cédric Jiménez dresse une version trop caricaturale des habitants des quartiers populaires. « On est dans une année d’élection. Moi j’ai vu ça avec l’œil d’un étranger et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça », a-t-il lancé devant les rires gênés de la salle.

Malgré les rires de l’équipe de tournage qui s’interroge sur le sens de l’intervention, le journaliste garde son sérieux et continue ses explications en indiquant « venir d’une cité en Irlande » : « Peut-être que c’est une blague pour vous… La question c’est, à part le petit garçon qui est dans la voiture, la petite bête sauvage qui est dans la voiture de la police, et qui n’est calmé que par le rap et tout ça, les gens des cités ne sont que… des bêtes quoi, en fait », poursuit-il.

« Et c’est une vision qu’on a toujours dans les médias français : les zones où on ne peut pas passer, les zones hors de la civilisation, les zones où il faut réimposer la loi française », ajoute-t-il. « Le film est super, mais il y a un problème, là. On est dans une année d’élection. Et j’étais gêné. Vraiment gêné. Et je n’étais pas le seul. »

« J’espère que Marine Le Pen ne va pas passer grâce à moi, ça m’emmerderait », a répondu le réalisateur Cédric Jiménez. « Au contraire, j’ai essayé avec le film de raconter effectivement des zones qui ont de grandes difficultés. Qui peuvent paraître véritablement hostiles. Mais je ne pense pas qu’il faut régler ça avec un vote radical comme Marine Le Pen, pas du tout. »

Le réalisateur s’est défendu : « alors évidemment les policiers ont affaire à des dealers, à des délinquants et pas à l’ensemble de la population des quartiers Nord. C’est un point de vue, c’est un angle. Mais je ne pense pas que le film soit là pour dénoncer les zones de non-droit et pour attiser la colère, au contraire. »

>> Lire aussi : Clap de départ pour le Festival de Cannes, ce mardi, et le Maroc y est !

 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.