Edito. Tunisie : Quand le Chef de l’Etat stigmatise les non-voilées

Dans son premier discours, le nouveau Chef de l’Etat de la Tunisie démocratique, pays de l’émancipation de la femme, a prononcé une phrase qui va susciter énormément de commentaires : “Nous protègerons les femmes qui portent le niqab, celles qui portent le hijab et les safirat”.

Ce dernier terme signifie littéralement “celles dont le visage est découvert” mais dans la pratique, est devenu synonyme de femmes impudiques, mal élevées, ou encore celles qui ne se conforment pas aux principes religieux. Le Chef de l’Etat, qui a une excellente maîtrise de la langue arabe, a donc utilisé un terme considéré unanimement comme péjoratif à l’égard des non-voilées, qu’il a indirectement stigmatisées.

M. Marzouki maîtrise trop bien la langue arabe pour avoir commis un lapsus.

A part cette phrase malheureuse, ce discours ne marquera pas les esprits. M. Marzouki n’a pas trouvé la bonne posture. Il s’est voulu ferme en étant consensuel.

Ce fut un catalogue de bonnes intentions qui toutes coulent de source (l’emploi, la santé, les droits de la femme, la dignité, le développement régional…). Il a promis une rupture avec le passé mais n’a pas su indiquer une direction comme on l’aurait voulu d’un Chef de l’Etat censé fédérer et incarner la nation.

A la fin de son discours, il a convoqué le registre émotionnel. Et ses larmes qu’il a difficilement retenues quand il a rendu hommage aux martyrs, n’étaient pas feintes.

Pour conclure, disons : « peut mieux faire » et « les Tunisiens espéraient mieux ». Les Tunisiennes surtout.

Naceureddine Elafrite

Naceureddine Elafrite