Olivia Zemor, bête noire des défenseurs d’Israël, de nouveau devant les tribunaux

 Olivia Zemor, bête noire des défenseurs d’Israël, de nouveau devant les tribunaux

Olivia Zemor lors d’une manifestation devant le palais de justice de Lyon avant d’assister à son procès intenté contre elle par la société pharmaceutique israélienne TEVA, le 16 mars 2021, pour avoir relayé un appel au boycott lancé par des militants de la cause palestinienne. JEFF PACHOUD / AFP

Plusieurs fois poursuivie devant les tribunaux, jamais condamnée. Olivia Zemor est la bête noire des défenseurs inconditionnels de la politique israélienne en France, qui s’acharnent sur elle depuis de nombreuses années pour la faire taire. En vain. Dernier épisode en date : la plainte du géant pharmaceutique israélien Téva, leader mondial des médicaments génériques, une société implantée en France, dont la maison mère a son siège en Israël.

 

Le 18 mai dernier, le tribunal correctionnel de Lyon a rejeté les poursuites intentées par la société israélienne contre Olivia Zemor estimant qu’il s’agissait de liberté d’expression.

Relaxée en première instance, le procès en appel d’Olivia Zemor pour diffamation et incitation à la discrimination économique aura lieu ce jeudi 27 janvier à 13h30 à Lyon, devant le tribunal correctionnel.

Que lui reproche Téva ?  Directrice du site Europalestine, Olivia Zemor a publié en novembre 2016 sous le titre « Teva, on n’en veut pas », les actions du collectif 69 Palestine. En 2015 et 2016, les militants de ce collectif lyonnais avaient mené des actions dans la ville appelant au boycott de la société israélienne.

« Téva contribue au financement des opérations militaires à Gaza et au développement de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, au mépris des droits du peuple palestinien et des résolutions internationales, en toute impunité ! Appeler à son boycott est donc nécessaire », se justifie Olivia Zemor, qui compte continuer à appeler à son boycott malgré les risques judiciaires.

La France est l’un des seuls pays au monde à criminaliser celles et ceux qui appellent au boycott des produits israéliens. Tout commence avec la circulaire Alliot-Marie. Le 12 février 2010, la garde des Sceaux de l’époque, demande aux parquets d’engager des poursuites contre les personnes appelant, ou participant, à des actions de « boycott » des produits israéliens. Mais le 11 juin 2020, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) condamne la justice française, en lui rappelant que condamner pénalement les partisans du boycott est une atteinte à la liberté d’expression.

Olivia Zemor n’est pas du genre à se laisser intimider. Elle a l’habitude des tribunaux. « J’ai été poursuivie à plusieurs reprises pour le boycott des produits exportés par Israël. J’ai été à chaque fois relaxée », rappelle la militante.

Elle est aussi engagée sur d’autres fronts, comme la lutte contre le racisme. « Quand on est contre l’injustice en Palestine, on est contre toutes les formes de discrimination et de domination, peu importe où elles se trouvent », explique-t-elle.

Il y a quelques années, Olivia Zemor avait déposé plainte contre Éric Zemmour « pour ses propos islamophobes ». Un procès qu’elle a gagné.

Elle avait aussi poursuivi la ligue de Défense juive. En juillet 2012, la militante avait été  aspergée de peinture par des membres de cette milice d’extrême droite. Olivia Zemor avait de nouveau obtenu gain de cause. 

« Au final, j’ai gagné tous mes procès, ceux pour lesquels j’ai été poursuivie et ceux que j’ai intentés », dit-elle aujourd’hui avec fierté.

Mais Olivia Zemor paie cher son combat pour le droit des Palestiniens. En plus des poursuites devant les tribunaux, elle est régulièrement menacée, parfois agressée. « Mais je n’abandonnerai parce que je déteste l’injustice », pointe déterminée cette francilienne qui espère être de nouveau relaxée par « la justice de son pays ».

« Les magistrats lyonnais sont capables de ne pas se laisser dicter leurs décisions par un gouvernement qui oublie que la justice française est indépendante. Ils sont capables de se rendre compte que s’il y a ici une « nation discriminée », ce n’est pas la nation israélienne, mais bel et bien la nation palestinienne, dépossédée, emmurée et privée de toute liberté depuis des décennies », conclut Olivia Zemor.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.