Tunisie. La légende Anatoly Karpov, star du festival d’échecs de Djerba

 Tunisie. La légende Anatoly Karpov, star du festival d’échecs de Djerba

Anatoly Karpov, plusieurs fois champion du monde, face à la Tunisienne Amen Miladi, championne d’Afrique des moins de 18 ans (2021), au Festival d’échecs de Djerba, samedi 25 février 2023. Photo : Nadir Dendoune

Amen Miladi, 19 ans, se souviendra longtemps de ce samedi 25 février 2023. A Djerba, la meilleure joueuse d’échecs tunisienne actuelle a eu le privilège de jouer une partie, face à la légende russe Anatoly Karpov, plusieurs fois champion du monde dans les années 80 et 90.

L’ancienne figure emblématique des échecs, joueur le mieux classé au monde pendant plus de 100 mois, était l’invité star du festival d’échecs de Djerba. Bien sûr, retraité des compétitions, il n’a pas participé au tournoi officiel. La veille, le champion de France Jules Moussard s’imposait en finale contre son compatriote Maxime Lagarde.

« On m’a prévenue la semaine dernière. Et j’ai tout de suite accepté. Quel honneur de pouvoir jouer face à Karpov qui est l’une de mes idoles », s’est émue auprès du Courrier de l’Atlas Amen Miladi, étudiante et qui espère pouvoir trouver des sponsors pour pouvoir un jour vivre de sa passion.

Après une partie qui a duré un peu moins de dix minutes, la jeune joueuse promise à un bel avenir a dû s’incliner. « Je suis arrivée devant lui très motivée. Je pensais vraiment le battre », ose-t-elle. « Il a fallu une petite erreur de ma part pour qu’il s’engouffre dedans », regrette encore Amen Miladi.

Amen Miladi, championne d’Afrique des moins de 18 ans (2021), au Festival d’échecs de Djerba, samedi 25 février 2023. Photo : Nadir Dendoune

« Elle s’est bien défendue », a réagi Karpov, avant de se diriger vers des tables où l’attendaient une vingtaine d’autres joueurs, dont beaucoup de jeunes enfants tunisiens, émerveillés par la présence du « Grand maitre ».

Pendant une trentaine de minutes, Anatoly Karpov a disputé avec chacun d’entre eux une partie dont ils se souviendront longtemps. Comme Othman, 10 ans, qui n’aurait jamais cru qu’un jour et surtout à son âge, qu’il disputerait « une partie avec cette légende. »

La venue d’une telle personnalité sur l’île de Djerba, on la doit à l’infatigable Chokri Saidi. Depuis plusieurs années, ce Tunisien de 47 ans, directeur d’une agence de voyage en région parisienne, multiplie les projets dans son pays d’origine. Depuis 2019, il organise à Djerba un festival international d’échecs.

Cette année, 25 pays sont représentés, comme la France, l’Algérie, l’Egypte, la Libye, mais aussi la Russie ou la Lituanie. Outre les échecs, cette année, le festival accueille également des épreuves de pétanque, de Kickboxing et des concours de sports mécaniques. Il y a aussi le salon du tourisme « Nomades Expo » où les voyageurs du monde arabe se rencontrent pour échanger autour de leurs expériences.

Le grand maître des échecs Anatoly Karpov jouant avec de jeunes enfants tunisiens, lors du Festival international d’échecs de Djerba, organisé par Chokri Saidi, directeur d’une agence de voyage à Paris. Photo : Nadir Dendoune

« J’organise ici des événements sportifs pour promouvoir la destination Tunisie, explique Chokri Saidi au Courrier de l’Atlas. Il y en a très peu en Afrique, regrette-t-il. L’Algérie est malheureusement encore trop difficile d’accès et la Libye est trop instable politiquement ».

Mais le choix de la Tunisie est aussi un choix économique. « Accueillir pendant une semaine des joueurs d’échecs du monde entier coûte très cher. Je ne pourrais pas organiser un tel événement à Paris par exemple, précise encore le voyagiste. A Djerba, à 40 euros la nuit, je peux loger dans de bonnes conditions les joueurs ». 

Après une semaine Chokri Saidi dresse un bilan plutôt positif. « Le public a répondu présent et il y a eu une belle compétition d’échecs. Et puis, les journalistes ont parlé de Djerba différemment », se félicite-t-il.

« Surtout, dit fièrement Chokri Saidi, avec ce festival d’échecs, de jeunes joueurs tunisiens ont pu se frotter pour la première fois à d’autres joueurs de haut niveau. Je suis sûr que cela va les motiver à continuer et à essayer de progresser ». Comme Chokri Saidi, qui espère pérenniser cet événement.

« Ce festival est encore un bébé mais il prend doucement sa place. Je me donne 3-4 ans pour en faire un événement mondial », conclut, déterminé, Chokri Saidi.

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.