Il y a 25 ans, Lounès Matoub était assassiné

 Il y a 25 ans, Lounès Matoub était assassiné

La mère du chanteur assassiné Lounès Matoub se penche sur sa dépouille le 28 juin 1998 à Taourirt-Moussa, un village montagnard près de Tizi-Ouzou, dans la région berbérophone de Kabylie, dans l’est de l’Algérie. AFP

Il y a vingt-cinq ans, le 25 juin 1998, Lounès Matoub, artiste engagé en faveur de la reconnaissance de la culture et de la langue kabyles, était assassiné lâchement devant son épouse et ses deux belles-sœurs, pas très loin de chez lui.

Sur une route de Kabylie, alors qu’il regagne son domicile, son véhicule est attaqué par un groupe de plusieurs hommes. Le chanteur est ensuite extrait de sa voiture et tué à bout portant. Lounès Matoub se savait en danger mais il n’était pas du genre à se cacher.

Invité en 1995, sur Tf1, alors que la journaliste Laure Adler lui demande s’il compte retourner en Algérie, il déclare fièrement : « Je préfère mourir pour mes idées que mourir de lassitude et de vieillesse dans mon lit ». En septembre 1994, quatre ans avant sa mort, il est kidnappé par un groupe terroriste, avant d’être libéré deux semaines plus tard grâce à une forte mobilisation populaire.

En 1988, en plein soulèvement de la jeunesse algérienne qui entend protester contre la misère, un gendarme lui tire dessus. Cinq balles au total. Après huit mois d’hospitalisation et quatorze opérations chirurgicales, Lounès Matoub réapparaît sur des béquilles, debout, pour un immense concert au stade de Tizi-Ouzou. A l’annonce de sa mort, la Kabylie, orpheline, se révolte. Bilan : 3 jeunes hommes sont tués par la police.

« Vingt-cinq ans ans après sa mort, Lounès Matoub laisse derrière lui un répertoire unique. Ses chansons et ses poèmes sont ancrés dans son engagement en faveur de la démocratie, de la défense de la culture kabyle et de sa langue, malmenés par la politique d’arabisation massive qui fut la matrice idéologique de la guerre de Libération algérienne. S’il y célébrait sa mère, les beautés de sa culture et de ses traditions, il n’hésitait pas à dénoncer les abus du pouvoir comme quand il demandait des comptes sur l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en 1992 », nous explique Naïma Yahi historienne et spécialiste de l’histoire culturelle de l’immigration maghrébine.

Avant de conclure : « Son assassinat reste une blessure importante tant en Algérie que pour la diaspora algérienne installée en France. Mais sa disparition n’a pas attristé uniquement la communauté algérienne. Ce sont toutes celles et tous ceux qui rêvent de paix, d’égalité et de liberté d’expression pour l’Algérie qui ont été touchés par sa mort ». De nombreuses rues en France portent désormais son nom.

Ce dimanche 25 juin, auront lieu un peu partout en France des commémorations pour rendre hommage à cet immense artiste. Comme à Massy (91) où l’association franco-berbère donne rendez-vous à 13h devant le Rond point Lounès Matoub.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.