Marko Vesic, parti de Paris à pied et sans argent pour Compostelle : « Depuis trois semaines, je me sens libre d’aller au bout du monde »

 Marko Vesic, parti de Paris à pied et sans argent pour Compostelle : « Depuis trois semaines, je me sens libre d’aller au bout du monde »

Après douze jours de marche, Marko Vesic est initié à la pêche par des badauds au lac de Saint-Cyr, tout près de Poitiers. 

Mardi 6 juin, Marko Vesic, jeune homme de 19 ans au caractère bien trempé partait déterminé de la Tour Saint-Jacques à Paris avec un objectif clair : rejoindre en moins de deux mois, à pied et sans argent Saint-Jacques de Compostelle en Espagne, soit un trajet long de 1500 kilomètres.

Nous vous en parlions dans ces colonnes (Paris/Saint-Jacques-de-Compostelle à pied et sans argent, le défi fou de Marko Vesic). Plus de trois semaines après son départ, nous l’avons contacté alors qu’il se trouvait au sud de Bordeaux. Diminué physiquement, il garde le moral.

Il y a près d’un mois, vous quittiez Paris. Comment vous sentez-vous ? 

Je suis très fatigué. C’est un voyage difficile. Marcher tous les jours plusieurs dizaines de kilomètres n’est pas chose facile mais je reste concentré sur mon objectif. Après plus de trois semaines de marche, le manque de confort commence sérieusement à se ressentir.

Les nuits sont difficiles, surtout sans boules Quies où je suis constamment réveillé par les bruits extérieurs, comme le chant des oiseaux !, le vrombissement des voitures, etc., etc. Ce n’est pas évident également de faire ses besoins dans la nature, de ne pas pouvoir se doucher après une longue journée de marche.

Je commence tout doucement à m’habituer à ce nouveau mode de vie. La bonne nouvelle, c’est que je pense pouvoir supporter ce manque de confort jusqu’à mon arrivée à Compostelle.

Justement, pensez-vous pouvoir tenir votre pari ? 

J’ai appris d’un autre pèlerin que chaque année, le 25 juillet, on fête l’Apôtre Saint-Jacques à Compostelle. Une raison supplémentaire pour moi d’arriver à Compostelle à cette date. Cela ne va pas être simple. Il me reste un peu moins d’un mois pour parcourir encore 1000 km. Je vais tout faire pour pouvoir arriver à Compostelle avant la fin du mois de juillet.

Comment êtes-vous accueilli par les badauds ?  

Il y a de tout. Je dois avouer que depuis mon départ de Paris, j’ai croisé beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec ma démarche. Certains refusent de me donner quoique ce soit mais jamais je n’ai rencontré de personnes qui m’ont insulté, frappé ou même menacé. Les personnes âgées sont les plus accueillantes et bienveillantes.

Quant aux commerçants, les réactions sont très variées. Certains refusent catégoriquement de donner quelque chose tandis que d’autres donnent bien plus de choses que je suis capable de prendre. Comme l’épicerie « Chez LOLO » à Artenay (NDLR : commune du Loiret) où les deux gérantes de la boutique refusaient que je quitte le magasin sans avoir pris minimum 50€ de nourritures ! J’ai dû négocier pour ne pas repartir avec 3 sacs remplis !

A Poitiers, Marko Vesic est hébergé par Patrick et Thomas...
A Poitiers, Marko Vesic est hébergé par Patrick et Thomas…

Vous avez commencé votre périple avec 30 km par jour. Aujourd’hui, vous parcourez en moyenne 50 kilomètres…

Au début de l’aventure, j’essayais de ne pas en faire trop pour éviter les blessures inutiles. Aujourd’hui, je n’ai pas le choix si je veux atteindre mon objectif d’augmenter le nombre de kilomètres journalier. Heureusement pour moi, mon corps commence à s’habituer à ces longues marches répétées.

Ce voyage me permet de prendre conscience de mes forces cachées, mais aussi de mes limites. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a poussé à partir sur le chemin de Compostelle : voir quelles sont mes limites et les repousser, qu’elles soient physiques et, ou, psychologiques.

Ces derniers temps ont été particulièrement difficiles : j’ai marché près de 50 kilomètres deux jours d’affilée. J’ai eu l’impression que mon corps allait craquer à tout moment mais j’ai réussi infini à atteindre mon objectif de la journée.

Il a fallu 17 jours à Marko Vesic pour atteindre la Charente-Maritime.
Il a fallu 17 jours à Marko Vesic pour atteindre la Charente-Maritime.

A quoi pensez-vous quand vous marchez ?

Sur la route, je pense à tout et à rien. Je n’écoute pas de musique, je préfère le silence. Marcher si longtemps est une forme de méditation. On laisse libre cours à ses pensées et on regarde défiler le paysage. Il faut également faire attention à ne pas louper de balises pour ne pas se tromper de chemin.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ? 

Une force intérieure, un feu ardent qui m’aide dans les moments de doute ou de douleur. Je pense que ces moments de lutte intérieure, de grande souffrance mais aussi de joie vont faire de moi une personne totalement différente de qui j’étais avant mon départ.

Ce voyage, c’est d’abord ma conception de la liberté. Depuis trois semaines, je me sens libre d’aller au bout du monde, même sans argent.

Pour suivre l’aventure de Marko Vesic : https://www.instagram.com/p/CtpJXBjMWtU/

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.