L’enfant du Paradis de Salim Kechiouche, de l’intime à l’universel

 L’enfant du Paradis de Salim Kechiouche, de l’intime à l’universel

Le film ‘L’Enfant du Paradis’, réalisé par Salim Kechiouche, en salle à partir du 6 décembre 2023.

Depuis quelques mois, l’acteur Salim Kechiouche, devenu le temps d’un tournage réalisateur, le clame haut et fort : son premier film, « L’enfant du paradis », sorti ce mercredi 6 décembre, a été fait avec beaucoup de « sincérité, d’amour et de liberté ». Et cela se voit. Cet ovni cinématographique de 72 minutes ne laissera personne indifférent. 

 

 

L’histoire : Yazid, interprété par Salim Kechiouche, est comédien. Après quelques difficultés, le jeune homme semble reprendre du poil de la bête et les tournages s’enchaînent enfin pour lui. Yazid ne boit plus, ne prend plus de drogues depuis six mois. Il veut montrer à Garance, sa fiancée, et à Hassan, son fils de 16 ans, – il est séparé de la mère -, qu’il est désormais un autre homme. Mais les démons ne sont jamais loin, surtout quand tout autour de lui semble le ramener à son passé. Arrivera-t-il à surmonter les obstacles ou flanchera-t-il de nouveau ?

Le long métrage réalisé par Salim Kechiouche est maîtrisé de bout en bout, de la lumière, au cadre en passant par la direction d’acteur. La caméra au plus proche des comédiens, au ton naturaliste, flirte avec bonheur avec le documentaire.

L’utilisation habile de vidéos d’archives, – il s’agit d’images de Salim Kechiouche enfant -, offre un regard émouvant sur l’enfance de Yazid en Algérie, tout en servant de toile de fond à son cheminement actuel. Le film impressionne aussi par ses touches d’humour particulièrement réussies et d’une spontanéité rare, qui contrastent avec la trame de fond dramatique sans jamais l’éclipser.

« L’enfant du Paradis » nous rappelle le « Tu Mérites un amour », le premier opus remarqué de l’actrice Hafsia Herzi sorti en 2019 et sélectionné à Cannes. Comme elle, Salim Kechiouche oublie de faire un film communautaire, comme c’est trop souvent le cas. Cette fresque de 72 minutes, où le rôle principal est interprété par un Maghrébin, dépasse le cadre de l’intime pour toucher à l’universel. Enfin…

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.