De Béton et de Plumes d’Hamadi Guella, un premier roman documenté et sensible

 De Béton et de Plumes d’Hamadi Guella, un premier roman documenté et sensible

De Béton et de Plumes, premier roman d’Hamadi Guella. Une séance de dédicace est programmée le 12 juin 2025, au bar L’Escargot, 50 rue de la Villette (19e), à Paris. Photo : DR

De Béton et de Plumes, premier roman d’Hamadi Guella, est une jolie découverte sortie en mai dernier aux éditions Hello. Ce livre pose un regard fin et nuancé sur la vie en banlieue parisienne. Ce n’est ni un cri ni une plainte, ni une exaltation : plutôt un récit posé, quelque part entre chronique sociale et portrait intime.

On suit Abdel, Linda, et d’autres personnages qui, loin des projecteurs, avancent à leur rythme, avec leurs doutes, leurs rêves et leurs petites victoires. Ce sont des existences modestes, parfois dures, mais toujours profondément humaines.

Le style de Guella est simple et efficace, proche de la langue parlée sans jamais sombrer dans la facilité. Il fait vivre ses personnages à travers leurs échanges, leurs silences, ces gestes du quotidien qui en disent long. Le langage est fluide, parfois musical, mais jamais prétentieux. On se retrouve plongé dans ce monde de la périphérie, entre béton, rues fatiguées, et rêves qu’on serre fort dans la poche.

Le roman est aussi bien documenté, ce qui rend la toile de fond crédible sans alourdir le récit. Il évite tous les clichés habituels sur la banlieue. Pas de misère stéréotypée, pas d’histoires toutes faites. Guella raconte l’exil, la survie, l’attente, avec une sincérité tranquille, sans en faire trop. La banlieue devient presque un personnage à part entière, un lieu parfois dur, mais aussi un espace de vie où se croisent espoirs et désillusions.

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Le livre a quelque chose de cinématographique : on imagine facilement les scènes, avec cette lumière douce et ce grain un peu rugueux, qui rappelle certains films réalistes. Mais ce n’est jamais une imitation, plutôt une écriture qui donne à chaque instant une vraie texture, une profondeur discrète.

L’auteur, qui vient de l’éducation populaire, offre une voix nouvelle et nécessaire, celle de ceux qu’on entend trop rarement dans la littérature. Il ne les idéalise pas, ni ne les réduit à des clichés, il leur donne simplement la parole dans toute leur complexité.

De Béton et de Plumes est un texte sincère et touchant qui mérite qu’on s’y arrête. Une lecture qui laisse une trace, comme un petit bout de vérité posé là, sans faire de bruit.

Hamadi Guella sera en dédicace ce jeudi 12 juin, de 18h à 21h, au bar L’Escargot, 50 rue de la Villette, dans le 19e arrondissement. Une belle occasion d’aller échanger avec l’auteur et de mettre un visage sur ce texte.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.