Vincent Brengarth : « C’est un rendez-vous manqué de la justice »

Vincent Brengarth avocat de la famille de la défunte gendarme Myriam Sakhri. (Photo de STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Plus de quatorze ans après la mort de la gendarme Myriam Sakhri, la justice a rendu le 15 janvier un non-lieu malgré la réouverture de l’information judiciaire et de nouveaux éléments versés au dossier. Pour Vincent Brengarth, avocat de la famille, cette décision illustre une incapacité de l’institution judiciaire à tirer les conséquences du harcèlement et du racisme dénoncés. Il affirme que le combat se poursuivra « jusqu’à ce que justice soit rendue ».
1/Comment expliquez-vous ce non-lieu et en quoi vous semble-t-il contestable ?
Nous considérons que la chambre de l’instruction n’a absolument pas tiré les conséquences des éléments révélés à la suite de la réouverture de l’information judiciaire qui accréditent le harcèlement dont Myriam Sakhri faisait l’objet et le racisme au sein du service dans lequel elle évoluait.
C’est un rendez-vous manqué de la justice qui avait la possibilité de corriger des années d’une procédure attaquable. Ce, d’autant que le temps qui s’est écoulé après les faits est un temps qui aurait dû permettre à la justice de prendre la mesure de ses manquements.
2/ Quels éléments n’ont pas été suffisamment instruit ou pris en compte par la justice dans ce dossier selon vous ?
Il s’agit uniquement d’une question d’appréciation par rapport aux éléments nouveaux qui auraient dû conduire, à minima, à des investigations complémentaires.
Cela donne le sentiment que la justice cherche le moindre motif pour ne pas accéder à une demande des parties civiles pourtant parfaitement légitime, à savoir que tout soit débattu dans le cadre d’une audience publique.
Chacun pourra alors constater ce que contient le dossier et ce que nous disons depuis le début.
3/ Après plus de 13 ans de combat judiciaire, la famille peut-elle encore espérer une suite ou est-ce un point d’arrêt définitif ?
La réouverture de l’information judiciaire avait déjà constitué un premier résultat spectaculaire nourrissant l’espoir de la famille d’obtenir justice.
Depuis, un nombre grandissant de personnes continue à s’émouvoir de ce drame et les témoignages de solidarités pleuvent.
La justice n’accepte pas de se remettre en cause mais les réticences qu’elle montre (notamment les renvois multiples) sont la démonstration que nous avançons dans la bonne direction.
Un dossier vide ne donnerait pas lieu à toutes ces péripéties procédurales. Nous dérangeons et nous avons bien prévu de le faire jusqu’au bout, jusqu’à ce que justice soit rendue pour Myriam.
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