Tunisie. Un ex magistrat condamné à 23 ans de prison l’affaire Belaïd

 Tunisie. Un ex magistrat condamné à 23 ans de prison l’affaire Belaïd

C’est une lourde peine qui vient de tomber dans le dossier complexe de l’assassinat de Chokri Belaïd. La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis a condamné l’ancien procureur de la République, Béchir Akremi, à une peine totale de 23 ans de prison à l’issue de deux affaires distinctes.

Ce verdict marque un tournant judiciaire majeur dans un dossier qui a longtemps suscité polémiques et tensions politiques en Tunisie. Dans la première affaire, l’ancien juge a écopé d’une peine de dix ans de prison dans le cadre du dossier ouvert à la suite des plaintes déposées par le comité de défense de Chokri Belaïd, figure de l’opposition tunisienne d’extrême gauche assassinée le 6 février 2013 devant son domicile à Tunis.

 

« Entrave à l’enquête »

Les avocats de la famille Belaïd et du comité de défense avaient accusé l’ancien procureur d’avoir entravé l’enquête et d’avoir dissimulé des éléments importants liés à cette affaire, l’une des plus sensibles de la vie politique tunisienne depuis la révolution de 2011. Ce même comité de défense accuse l’ancien magistrat révoqué de proximité avec le mouvement islamiste Ennahdha, ce que l’intéressé et sa famille ont catégoriquement démenti.

L’assassinat de Belaïd avait en effet provoqué une onde de choc dans le pays, déclenchant des manifestations massives et ouvrant une crise politique majeure. Depuis plus d’une décennie, les circonstances exactes de ce crime et les responsabilités éventuelles au sein de l’appareil judiciaire font l’objet de débats et d’investigations approfondies.

 

Une seconde condamnation dans une affaire terroriste

Par ailleurs, la même chambre spécialisée a prononcé une peine de treize ans de prison à l’encontre du même Béchir Akremi dans une autre affaire à caractère terroriste. Dans ce dossier, il a été jugé aux côtés de l’ancien député Habib Ellouz (qui écope de 13 ans de prison) et Hassan Brik, également poursuivis dans le cadre des mêmes investigations.

Ces condamnations viennent confirmer la gravité des accusations portées contre l’ancien magistrat, longtemps considéré comme une puissante et influente figure du Parquet tunisien. Au cours des dernières années, son rôle dans plusieurs dossiers sensibles liés au terrorisme et aux assassinats politiques avait été vivement contesté par certaines parties civiles des milieux de la gauche, et par le comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Pour les autorités judiciaires, ces verdicts s’inscrivent dans le cadre des efforts visant à renforcer la lutte contre le terrorisme et à établir les responsabilités pénales des différents acteurs impliqués, y compris au sein de l’institution judiciaire elle-même.

Cette décision pourrait toutefois relancer les débats politiques et judiciaires autour de la gestion des dossiers des assassinats politiques en Tunisie. Plus de treize ans après l’assassinat de Chokri Belaïd, l’opinion publique continue de réclamer toute la vérité sur ces affaires qui ont profondément marqué la transition démocratique inachevée du pays.