Frida Dahmani, une voix engagée du journalisme tunisien, s’éteint

Le monde des médias en Tunisie est en deuil. La journaliste Frida Dahmani est décédée en ce jeudi 26 mars 2026, laissant derrière elle une carrière marquée par l’exigence, l’engagement et une rare ouverture sur les mutations du monde contemporain. Portrait.
Certaines plumes marquent par leur rigueur et leur singularité. Correspondante de Jeune Afrique à Tunis depuis 2008, Frida était de celles-ci. Elle s’était imposée comme une voix incontournable, respectée pour la finesse de ses analyses et la diversité de ses terrains d’enquête.
Biologiste de formation, Frida Dahmani avait choisi de bifurquer vers la communication et l’édition avant de trouver sa voie dans le journalisme. Un parcours atypique qui lui a permis d’aborder les sujets avec une approche rigoureuse, nourrie par une solide culture scientifique et une curiosité intellectuelle constante. À Tunis, mais aussi en Libye et en Italie, elle a couvert avec la même acuité les évolutions politiques, les dynamiques économiques et les transformations sociales.
Selon ses proches, elle aurait succombé à des complications post AVC.
Editorialiste au regard transversal
Au fil des années, Frida Dahmani s’est distinguée par sa capacité à relier les enjeux locaux aux dynamiques globales. Ses articles, souvent ancrés dans les subtilités de l’actualité tunisienne, s’inscrivaient dans une lecture plus large des recompositions régionales, notamment en Afrique du Nord et en Méditerranée.
Elle s’est particulièrement investie dans les questions de migration et d’inclusion, des thématiques qu’elle abordait avec profondeur et humanité. Convaincue du rôle du journalisme dans la transformation sociale, elle ne se contentait pas de relater les faits : elle cherchait à donner la parole aux acteurs de terrain, aux femmes, aux jeunes, aux invisibles.
Son engagement ne s’arrêtait pas à l’écriture. Appréciée par ses pairs, elle a également contribué à la formation de jeunes journalistes, en collaboration avec plusieurs organisations internationales, transmettant une certaine idée du métier fondée sur la méthodologie, l’éthique et l’indépendance.
Un parcours engagé et une reconnaissance méritée
Au-delà de sa carrière médiatique, Frida Dahmani était profondément impliquée dans la société civile. Cette dimension de son parcours lui a valu, en 2015, le prix TAAMS de la femme citoyenne dans la catégorie journalisme, une distinction saluant à la fois son professionnalisme et son engagement.
Ceux qui l’ont côtoyée décrivent une femme de conviction, souvent solitaire mais généreuse, attentive aux autres et passionnée par son métier. Sa disparition laisse un vide important dans le paysage médiatique tunisien en pleine recomposition, déjà fragilisé par de nombreuses crises, au lendemain du départ de Zyed Krichen de sa rédaction, autre nom iconique.
Avec Frida disparaît une voix singulière, capable de décrypter les complexités du monde sans jamais perdre de vue l’humain. Son héritage continuera d’inspirer toute une génération de reporters.
