La Palestine aux JO : Pas de trêve à Milan-Cortina

Des militants pro-palestiniens manifestent à Milan lors du passage de la flamme olympique, en février. (Andrea Carrubba/Anadolu via AFP)
Même sans athlète de Palestine aux JO de Milan, Gaza s’est invitée au cœur de la ville italienne. Début février, alors que la flamme des JO d’hiver faisait son entrée, des militants ont parcouru les rues pour continuer à alerter sur le drame en cours à Gaza.
En Bref : À Milan, les JO d’hiver deviennent aussi un terrain de mobilisation pour la Palestine. Des militants profitent de l’événement pour alerter sur la situation à Gaza et dénoncer le « sportswashing ». Une contestation qui lie sport, politique et solidarité internationale.
Numéro 210 – Mars 2026
Le soleil vient de se coucher, ce jeudi à Milan. Le parcours de la flamme olympique longe l’avenue Francesco Sforza. Une assemblée de badauds applaudit le cortège de carabiniers et la caravane Coca-Cola. De l’autre côté des grilles qui entourent la faculté publique, des fumigènes traversent la nuit noire. « Libérons la Palestine, du fleuve à la mer ! », hurlent les manifestants en italien.
L’université étant restée ouverte pour les cours, ces derniers ont organisé leur rassemblement depuis l’intérieur de l’enceinte, tout en restant visibles depuis l’extérieur. « Il aurait été trop dangereux de militer en pleine rue, nous aurions été arrêtés par la police », insiste Roberto, membre de la section milanaise de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Pendant les semaines qui ont précédé les Jeux d’hiver de Milan-Cortina d’Ampezzo, les collectifs de défense des Palestiniens, milanais ou nationaux, ont profité de l’attention internationale et sportive portée à l’Italie. Ils ont alerté sur la situation, toujours inquiétante, dans la bande de Gaza.
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Une mobilisation visible malgré les restrictions
Alors que les opposants aux Jeux olympiques accusent l’organisation et le Comité international olympique d’opérer une destruction écologique et d’accélérer la gentrification au sein de la capitale lombarde, les militants de la cause palestinienne ont rejoint le mouvement, dans cette mobilisation pour la Palestine durant les JO. « Nous nous opposons à la présence d’athlètes ou d’équipes israéliennes lors de cette olympiade, lance Roberto, du BDS de Milan. Il nous semblait logique de relier notre mobilisation à cette protestation organisée par divers collectifs, rassemblés sous le Comitato Insostenibili Olimpiadi (Comité contre des “Jeux insoutenables”), qui défend notre ville et les droits de ses habitants. »
Tandis qu’une banderole appelle à « reprendre en main les montagnes » et que des étudiants exhortent à protéger Milan de la marchandisation, d’autres réclament la libération de la Palestine. Dans les rangs, les manifestants évoquent l’intersectionnalité et la lutte commune. Ils brandissent des drapeaux palestiniens, des cartons rouges adressés à la politique de l’État hébreu ou encore des pancartes proclamant : « Israël, hors des Jeux olympiques ! »
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Refuser la présence israélienne
Aux côtés de Roberto, une autre manifestante, Clara, évoque l’une des démarches enclenchées par le collectif. BDS a en effet lancé une initiative incitant au boycott de la multinationale pharmaceutique israélienne Teva, qui s’était dite « attristée par les attaques horribles, brutales et sans précédent envers Israël et les civils israéliens », trois jours après les événements du 7 octobre 2023.
Depuis cette communication, les militants accusent Teva, l’un des plus grands producteurs mondiaux de médicaments génériques, de soutenir la politique menée par Benyamin Nétanyahou. Ils l’accusent aussi de tirer profit du marché pharmaceutique palestinien dans un contexte d’occupation, alors que les producteurs palestiniens seraient soumis à de fortes restrictions. Ils dénoncent également des pratiques commerciales jugées inéquitables et critiquent certaines stratégies liées aux brevets. « Nous cherchons à faire pression sur les villes italiennes pour qu’elles demandent aux pharmacies d’interrompre leurs relations commerciales avec Teva, explique Clara. La solution est d’inciter les habitants à utiliser d’autres médicaments équivalents, qui existent dans la majorité des cas. »
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Boycott et pression économique
Depuis l’arrivée de la flamme olympique à Rome, le 6 décembre, le BDS a organisé différentes contestations tout au long de son parcours, autour de la Palestine et des JO. « Des manifestations se sont tenues à Cortina ou à Belluno pour rappeler aux gens que la situation des Palestiniens reste critique et qu’ils ont besoin de cette solidarité. » À deux heures de la cérémonie d’ouverture, différents collectifs se sont également retrouvés, à la tombée de la nuit, autour du stade San Siro, à Milan. Au lendemain de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, des milliers de manifestants ont défilé à Milan.
Entourés par un cordon de policiers, les manifestants continuent de battre le pavé ce jeudi-là. Dans les rangs du BDS, Mariagiulia Agnoletto œuvre depuis près de trente ans au sein de Salaam, une association autrefois nationale et désormais basée uniquement à Milan. « Nous sommes en contact avec 103 enfants qui vivent tous à Jabalia, explique-t-elle d’une voix tremblante. Grâce à nos donateurs, nous tentons de continuer à financer leur quotidien à raison d’un don mensuel, pendant deux ans. »
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Le refus du « sportswashing »
Les bénévoles de Salaam ne bénéficient d’aucune aide publique et organisent donc régulièrement des campagnes de dons. « Nous avons reçu beaucoup d’argent pour aider ces enfants, de la part de citoyens comme vous et moi. On est aussi épaulé par des paroisses et des églises. Nous avons réussi à envoyer ces dons grâce à une association partenaire locale qui suit ces familles. » Soudain, au milieu du cortège, le regard est attiré par l’immense banderole du groupe Baggio x la Palestina, aux couleurs du drapeau palestinien.
Ce collectif, structuré de manière horizontale, est né il y a un an dans le quartier de Baggio, dans l’ouest de Milan. « Dans notre quartier, on trouve beaucoup de logements sociaux, où vivent de nombreux migrants menacés d’expulsion, développe Gianluca, qui prend la parole aux côtés de sa camarade Alice. Lorsque nous apprenons qu’un officier de police judiciaire est mandaté pour expulser certains migrants que nous accompagnons, nous organisons des piquets pour protester contre ces décisions. »
En ce moment, Gianluca et ses camarades soutiennent et hébergent une famille de quatre Palestiniens, originaires de Gaza et de Ramallah. D’après lui, la Palestine et ce qui se passe à Gaza a tout à voir avec les JO. « Nous estimons que le sport est impliqué dans ces enjeux. Pas les athlètes qui participent aux compétitions, évidemment, mais nous pensons qu’on nous propose un véritable cirque et nous souhaitons nous ériger contre ce “sportswashing” dont nous sommes témoins. »
Dans le cortège, plusieurs interlocuteurs dénoncent le mutisme de l’État italien face à la situation palestinienne depuis le 7 octobre 2023. « Ces derniers jours, dans ce contexte olympique, le président Sergio Mattarella a parlé de paix, rappelle Gianluca. Mais en deux ans, aucune personnalité politique italienne n’a condamné ce qu’ils qualifient de génocide. Et nous le regrettons. »
FAQ
Pourquoi des manifestations pour la Palestine ont-elles lieu pendant les JO à Milan ?
Les militants profitent de la visibilité internationale des Jeux pour alerter sur la situation à Gaza et mobiliser l’opinion publique.
Qu’est-ce que le mouvement BDS ?
Le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions appelle à faire pression économique et politique sur Israël pour défendre les droits des Palestiniens.
Pourquoi certains militants refusent-ils la présence d’athlètes israéliens ?
Ils dénoncent la politique de l’État israélien et estiment que sa participation aux Jeux contribue à normaliser la situation.
Qu’est-ce que le “sportswashing” ?
C’est l’idée d’utiliser le sport pour améliorer l’image d’un pays ou détourner l’attention de situations politiques controversées.
Pourquoi Milan est-elle un lieu de mobilisation ?
La ville accueille les JO d’hiver, ce qui en fait un point stratégique pour porter des revendications à l’échelle internationale.
