A Sétif, un homme vandalise une statue représentant une femme nue

 A Sétif, un homme vandalise une statue représentant une femme nue

Algérie- La statue de Aïn Fouara


Quand une tare s’en prend à l’art… Les habitants de Sétif, une ville de l'est algérien, étaient sous le choc, ce lundi 18 décembre, après qu'un homme ait défiguré à coups de marteau et d'un burin la statue de la femme érigée à la fontaine Ain El Fourara au cœur de la ville. 



Une vidéo, partagée en masse depuis cet incident sur les réseaux sociaux, montre cet individu debout sur cette fontaine en train de casser le visage et la poitrine de la statue représentant une femme nue.



Après plusieurs tentatives d’intimidation pour le sommer de stopper son acte de vandalisme, deux policiers ont réussi à le neutraliser, grâce notamment à l’intervention d’un citoyen qui a réussi à désarmer l'individu. 



La statue de Aïn Fouara, monument emblématique de la ville, a été adoptée par les Sétifiens de toutes les générations. Un attachement fort qui les a poussés, par exemple, à ne pas accepter fin octobre 2014 que le tracé du tramway vienne perturber la tranquillité de la belle dame dont la réalisation a été achevée début 1898 par le sculpteur Francis de Saint-Vidal.


En septembre 2015, un imam algérien avait décrété qu’il était "illicite de se rendre à la fontaine de Aïn Fouara et de boire son eau", prétextant que "la fontaine a été sculptée par un "infidèle" qui avait le perfide objectif de mettre une femme nue au "cœur de la ville des martyrs". "Car pour boire de son eau, il faudrait s’incliner fortement dans une attitude qui ressemble à la prosternation", se serait encore justifié l'imam. 


Cet acte de vandalisme a été dénoncé avec vigueur et qualifié de "débile" et "d'horrible" par plusieurs internautes, qui ont exprimé leur désarroi sur les réseaux sociaux.



Abdel : "Apparemment, une autre forme de Daech s'implante fortement en Algérie, pauvre Algérie ! Un pays où on détruit une statue pour cause sexuelle !". "Pourquoi nos parents et nos grands-parents n'ont pas fait des actes pareils? Etes-vous plus conservateurs qu'eux bande d'ignorants?", se demande encore le jeune homme. "Même dans les années noires, dans les années 90, on ne voyait pas cela. Cet extrémisme va engendrer des générations pires que celle de la décennie noire", s'inquiète Abdel. 



Nadia regrette la passivité du "public". "Tout le monde regarde, personne ne réagit". "Quant à lui, cette statue a surement hanté ces nuits", raille-t-elle. "Quel malade ! Sans doute, la meilleure excuse pour toucher ces seins !!! ". 



Nora tente de rester optimiste malgré tout. "Cet âne l'a transformée en œuvre abstraite ! Ça laisse libre cours à notre imagination. Malgré cette censure, la femme restera belle !".



Hakima, elle, est très inquiète. Pour elle, "le retour aux années 90 est pour très bientôt".


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.