Tunisie–France : protéger les mineurs en ligne, un défi partagé entre États et familles

 Tunisie–France : protéger les mineurs en ligne, un défi partagé entre États et familles

L’Ambassadeur de Tunisie en France, Dhia Khaled, s’était déjà entretenu, le 21 janvier 2026, avec Sarah El Haïry, ancienne Ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles, et actuelle Haute Commissaire à l’Enfance

Le renforcement de la coopération entre la Tunisie et la France pour protéger les mineurs dans l’espace numérique intervient dans un contexte d’exposition massive des jeunes aux écrans.

 

Les deux pays viennent de franchir une étape marquante dans leur partenariat en décidant conjointement de renforcer leur coopération pour mieux protéger les mineurs dans l’espace numérique. Cette initiative, concrétisée à l’occasion de la visite à Tunis de la Haute-commissaire française à l’Enfance les 14 et 15 avril 2026, s’inscrit dans une actualité brûlante en Tunisie notamment où le débat sur la censure pure et simple de Tiktok et d’autres réseaux refait surface.

À l’heure où les réseaux sociaux structurent une grande partie du quotidien des plus jeunes, les risques se multiplient et prennent des formes de plus en plus complexes.

 

Cyberharcèlement, addiction et prédation : une menace protéiforme

L’initiative conjointe entre Tunis et Paris vise avant tout à mieux encadrer un environnement numérique devenu difficile à maîtriser. Cyberharcèlement, diffusion de contenus violents, désinformation : les dangers sont désormais bien identifiés, mais leur ampleur ne cesse de croître.

En marge de sa visite, Sarah Elhairy a tenu des entretiens avec plusieurs départements ministériels tunisiens. Durant son déplacement qui se veut transversal, elle s’est entretenue avec les responsables du ministère de la Famille et de la Femme ainsi que du Centre national de l’informatique pour l’enfant. Au programme, de fructueux échanges sur les dispositifs de protection des mineurs online, via le programme des « Ambassadeurs de la sécurité numérique », apprend-on.

Chez les adolescents, les conséquences dépassent largement le cadre virtuel. Troubles anxieux, isolement, perte d’estime de soi : la santé mentale est directement impactée par une surexposition aux réseaux. L’addiction aux écrans, souvent banalisée, fragilise les équilibres psychologiques et familiaux, en particulier chez les plus vulnérables, conclut le rapport de la visite, au lendemain du choc planétaire de l’affaire Epstein.

Car au-delà de ces risques visibles, une menace plus insidieuse progresse : celle de la manipulation et de la prédation. Derrière certains profils anonymes se cachent des réseaux criminels capables de cibler, influencer et exploiter des mineurs sur le web. Harcèlement, chantage, voire embrigadement dans des activités illégales : Internet devient un terrain d’action privilégié pour ces groupes.

Face à cette réalité, la coopération tuniso-française entend renforcer le partage d’expertise, développer des outils de prévention et améliorer la coordination entre institutions. L’objectif est clair : anticiper plutôt que subir.

 

Des parents en première ligne, mais souvent dépassés

Si les États s’organisent, la question du rôle des parents reste toutefois centrale. En Tunisie, l’approche privilégiée repose largement sur la responsabilisation familiale : dialogue, encadrement et vigilance quotidienne sont présentés comme les premiers remparts contre les dérives du numérique.

Dans les faits, cette mission s’avère de plus en plus difficile. De nombreux parents se sentent démunis face à des outils qu’ils maîtrisent mal et à des usages qui évoluent à grande vitesse. Entre contraintes professionnelles, manque de repères et banalisation des écrans, le contrôle parental devient souvent très théorique.

« On nous dit de surveiller, d’expliquer, de contrôler… mais nos enfants vivent dans un monde que nous ne comprenons plus vraiment. À force, certains parents lâchent prise, pas par négligence, mais par épuisement », confie un père tunisien, évoquant une forme de démission silencieuse.

Ce désengagement, même involontaire, crée un vide que d’autres acteurs exploitent volontiers. Sans accompagnement, les mineurs se retrouvent seuls face à des contenus et des interactions qu’ils ne sont pas toujours capables de décrypter.

Dès lors, la protection des enfants ne peut reposer uniquement sur la sphère familiale. Elle suppose une articulation étroite entre politiques publiques, éducation numérique et implication des parents. C’est précisément l’ambition affichée par le rapprochement entre la Tunisie et la France : construire une réponse globale à un phénomène qui, lui, ne connaît plus de frontières.