Commande publique : encourager les entreprises qui font rayonner le Maroc

 Commande publique : encourager les entreprises qui font rayonner le Maroc

La commande publique au Maroc est un levier essentiel pour soutenir les entreprises locales et renforcer l’économie nationale. Crédit photo : Getty Images Pour Unsplash / Unsplash

Quand on préfère un géant étranger à une entreprise marocaine pour l’attribution d’un marché public, on émet un signal désastreux pour les autres entreprises du cru. Pourtant, dans cette compétition mondiale et dans tous les secteurs, nous avons des entreprises marocaines de grande qualité.

Un déséquilibre dans la concurrence économique

Selon la fameuse projection d’Edward Lorenz : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas. » Si un simple mouvement peut conduire à des résultats aussi catastrophiques, que dire alors d’une situation où les champions économiques nationaux d’un pays se font mettre en pièces par une concurrence étrangère sauvage, qui s’enhardit chaque jour davantage grâce à la connivence de l’administration, quand ce n’est pas tout simplement une collusion nourrie par d’amples complicités.

D’autant plus que toute administration qui ne fait pas jouer la préférence nationale se met hors la loi puisque le cadre juridique des marchés publics au Maroc, étroitement encadré par le décret n° 2-22-431, donne la priorité à la préférence nationale par le biais de deux leviers : l’instauration d’un seuil pour les appels d’offres réservés aux entreprises installées au Maroc (10 millions de dirhams pour les travaux, 1 million pour les fournitures et services) et l’application d’une majoration de 15 % pour les offres étrangères au-delà de ces montants.

Plus encore, le nouveau décret sur les marchés publics protège et stimule l’écosystème entrepreneurial marocain via des dispositions précises. Les appels d’offres nationaux exclusifs sont réservés uniquement aux concurrents installés au Maroc, une procédure qui concerne les marchés de travaux jusqu’à 10 millions de dirhams (HT) et les marchés de fournitures et services jusqu’à 1 million de dirhams (HT). Quant aux TPME (Très Petites et Moyennes Entreprises), la commande publique marocaine intègre des quotas stricts et des mesures incitatives pour assurer leur participation. Un quota pouvant aller jusqu’à 30 % du montant prévisionnel des marchés peut être consacré exclusivement aux TPE/PME, accompagné de mesures destinées à faciliter la trésorerie des petites entreprises lors de la soumission de leurs offres et de l’exécution des contrats.

Commande publique et entreprises marocaines : un enjeu stratégique

Quand on voit l’ampleur du nombre de PDG accompagnant Donald Trump dans son voyage officiel en Chine, quand Macron fait le déplacement à Nairobi en balisant le chemin aux grosses entreprises françaises, et plus tôt quand Mohammed VI prenait soin d’emmener dans son avion personnel une armada de chefs d’entreprises marocaines, on comprend que favoriser l’accès des entreprises du cru à la commande publique ne relève pas du luxe.

Une grosse partie des millions de dirhams dépensés chaque année par les pouvoirs publics dans des travaux devrait être attribuée à des entreprises locales, comme la législation l’exige.

Or, et c’est là où le bât blesse, régulièrement des marchés — et pas seulement des petits — tombent dans l’escarcelle de grosses entreprises étrangères sans que l’on sache pourquoi. Combien d’entreprises marocaines ont été écartées au profit de concurrents étrangers, alors même qu’elles disposaient des compétences nécessaires pour exécuter les engagements contractuels ?

Efficacité publique et patriotisme économique

C’est d’abord une question d’efficacité : l’objectif premier est de dépenser l’argent public pour obtenir des ouvrages de qualité. Un système quelque peu protectionniste, à condition d’agir dans la transparence, encourage les entreprises à être compétitives et permet aux champions nationaux d’être plus présents à l’international.

Après tout, qui serait contre un usage plus judicieux des fonds et des énergies publiques pour aider nos grandes entreprises à conquérir de nouveaux marchés et à se protéger des tentatives de contrôle étrangères hostiles ? Une politique de soutien aux champions nationaux a des effets fortement positifs sur notre économie.

Ce type de patriotisme économique apporte de l’eau au moulin de la dynamique de croissance de long terme d’un pays et sert de processus vital de régénération de l’économie. Dopés par l’attention politique et la protection publique, nos champions prennent ainsi soin de protéger l’emploi et de maintenir la position stratégique du royaume dans tel ou tel secteur, avec, en prime, la fierté nationale.

Abdellatif El azizi

Abdellatif El Azizi