Tunisie : la condamnation de Saâdia Mosbah confirmée en appel

Saâdia Mosbah, présidente de l’association Mnemty, visite un camp de migrants subsahariens installé devant le siège de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à Tunis, le 7 mars 2023, dans un contexte de recrudescence des violences après les déclarations du président Kaïs Saïed. © Fethi Belaid / AFP
La Cour d’appel de Tunis a confirmé la condamnation à huit ans de prison de Saâdia Mosbah, la militante tunisienne pour les droits des personnes migrantes. Amnesty International et SOS Racisme dénoncent des accusations qu’elles jugent infondées et une procédure marquée par un contexte de racisme antinoir.
En bref
- La Cour d’appel de Tunis a confirmé la condamnation de Saâdia Mosbah à huit ans de prison.
- La militante a été reconnue coupable de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite.
- Amnesty International et SOS Racisme contestent les accusations retenues contre elle.
- Les deux organisations dénoncent un contexte de racisme antinoir et de répression des défenseurs des droits humains.
- Saâdia Mosbah s’était opposée aux discours de Kaïs Saïed visant les migrants subsahariens.
La justice tunisienne confirme la condamnation de Saâdia Mosbah
Huit ans de prison et 30 000 euros d’amende. La peine prononcée contre Saâdia Mosbah en première instance, en mars dernier, a été confirmée par la Cour d’appel de Tunis, mardi 23 juin.
La militante antiraciste a de nouveau été reconnue coupable de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite.
Figure du militantisme tunisien, elle avait largement contribué à l’adoption de la loi du 23 octobre 2018 visant à lutter contre les discriminations.
Avant l’audience, Amnesty International dénonçait déjà des « accusations infondées de malversations financières ».
Amnesty International et SOS Racisme dénoncent une décision injustifiée
Dans un communiqué publié le 25 juin, SOS Racisme est allé plus loin qu’Amnesty International.
« Derrière ces motifs de façade, la vraie raison de la persécution judiciaire vécue par Saâdia et plusieurs membres de son association Mnemty (« Mon rêve »), c’est le racisme antinoir (…) avec les militants de l’association qu’elle a cofondée et qu’elle présidait, elle défendait les droits des personnes noires en Tunisie », affirme l’association.
Selon Amnesty International, ce racisme se poursuivrait jusque derrière les barreaux.
« Nous sommes particulièrement préoccupés par les informations selon lesquelles Saâdia Mosbah aurait été victime de racisme et d’agressions physiques en prison, pouvant s’apparenter à de la torture », indique l’ONG.
Le contexte politique autour des déclarations de Kaïs Saïed
Peu avant son arrestation, en mars 2024, Saâdia Mosbah s’était attiré les critiques du président tunisien.
Début 2023, lors d’un Conseil de sécurité, Kaïs Saïed avait évoqué des « hordes de migrants clandestins », source de « violence » dans le pays.
Le 21 février 2023, dans une communication officielle, il avait ajouté :
« Il existe un plan criminel pour changer la composition du paysage démographique en Tunisie, et certains individus ont reçu de grosses sommes d’argent pour donner la résidence à des migrants subsahariens. »
Après ces déclarations, que de nombreux observateurs ont rapprochées de la théorie du grand remplacement, la défenseure des droits humains avait exprimé son inquiétude.
« Ces propos donnent de la légitimité à toute personne qui voudrait agresser une personne noire dans la rue (…) Même moi, en tant que Tunisienne noire, je suis désormais menacée si je sors dans la rue, puisque les gens ne font de toute façon pas la différence. »
Pour SOS Racisme, Saâdia Mosbah subit « la répression d’un pouvoir qui promeut le racisme et tente par tous les moyens de détruire la société civile ».
La présidente de Mnemty était officiellement poursuivie pour blanchiment d’argent et enrichissement illicite.
Vos questions sur Saâdia Mosbah
Pourquoi la justice condamne-t-elle Saâdia Mosbah ?
La justice tunisienne l’a reconnue coupable de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite, une condamnation confirmée en appel.
Pourquoi Amnesty International conteste-t-elle cette condamnation ?
L’ONG estime que les poursuites reposent sur des accusations infondées et s’inquiète d’un contexte de répression visant les défenseurs des droits humains.
Qui est Saâdia Mosbah ?
Militante antiraciste tunisienne, elle a fondé et présidé l’association Mnemty et a contribué à l’adoption de la loi tunisienne de 2018 contre les discriminations raciales.
Quel lien existe entre cette affaire et les déclarations de Kaïs Saïed ?
Avant son arrestation, Saâdia Mosbah avait publiquement dénoncé les déclarations du président tunisien sur les migrants subsahariens, estimant qu’elles favorisaient les actes racistes contre les personnes noires en Tunisie.
