« La tête levée », un documentaire d’Hosni Maati sur le racisme antinoir en Tunisie

 « La tête levée », un documentaire d’Hosni Maati sur le racisme antinoir en Tunisie

« La tête levée », un documentaire de Hosni Maati sur le racisme antinoir en Tunisie, projeté à la Maison de Tunisie à Paris du 11 au 15 juin 2023, à l’occasion de la 3e édition du festival « Mon premier film ».

La Maison de Tunisie à Paris accueille du 11 au 15 juin la 3e édition du festival « Mon premier film ». Une vingtaine de films issus de trois continents, d’Afrique, d’Europe et d’Asie y seront projetés. Parmi eux, le premier film d’Hosni Maati, « La tête levée », qui sera projeté en compétition officielle ce mardi 13 juin à 19h. Il raconte le racisme antinoir qui sévit en Tunisie.

Ce qui ne devait être qu’une bande-annonce est devenu un documentaire de vingt-cinq minutes. Depuis quelques années, les discours incitant à la haine et à la xénophobie visant les Noirs se propagent en Tunisie, jusqu’au sommet de l’Etat.

Mardi 21 février, le président de la République, Kaïs Saïed, a repris à son compte la théorie du grand remplacement chère à Éric Zemmour, appelant à des « mesures urgentes » contre les Africains subsahariens, source, selon lui, « de violence, de crimes et d’actes inacceptables ». Il y a même un projet pour faire de la Tunisie un pays exclusivement arabo-musulman. « La venue de migrants subsahariens relèverait d’un complot visant à affaiblir l’identité arabo-islamique en Tunisie », s’était justifié le chef de l’Etat.

Pendant plus d’un an, Hosni Maati, avocat franco-tunisien s’est baladé dans la capitale muni de sa caméra et est parti interroger les Noirs de Tunisie. Tous décrivent des scènes d’humiliations. Un étudiant ivoirien raconte avoir été traité de singe.

>> A lire aussi : « Il n’y a pas de volonté chez la population subsaharienne de changer la population tunisienne », Hosni Maati avocat de l’association des Ivoiriens de Tunisie

Jamila Debbech Ksiksi, première femme députée noire de Tunisie (décédée en 2022), se souvient encore très bien de ce qu’il s’est passé quand elle avait douze ans, juste après avoir appris avec bonheur qu’elle avait réussi son examen à l’école. Elle raconte : « Le papa d’un camarade de classe a dit à son fils : La fille d’esclaves a réussi et toi, tu as échoué. La joie immense que j’avais dans mon cœur s’est évaporée en un instant ». 

Même si le racisme antinoir en Tunisie a des racines anciennes, pour Khawla Ksiksi, militante noire anti-raciste les choses ont changé aujourd’hui. « Le racisme est plus raffiné. Certes, les gens osent moins dire les choses d’une manière vulgaire parce qu’il y a une conscience autour du racisme », mais le racisme à l’ancienne existe toujours d’après elle. « On t’interdit parfois d’entrer dans un restaurant ou dans une boîte de nuit », précise-t-elle encore.

L’historien Abdelhamid Larguèche évoque, lui, les nouveaux courants idéologiques et politiques en Tunisie qui se présentent selon lui, « comme les défenseurs d’une certaine pureté idéologique ». D’après l’historien, ils reprennent « l’idéologie fascisante de l’extrême droite européenne, un nationalisme exclusif ». Pour Abdelhamid Larguèche, « ces gens-là doivent être combattus en rappelant la réalité historique des choses ». 

Une population noire a toujours existé en Tunisie, il y a par exemple des Berbères à la peau très foncée. Malheureusement, en Tunisie, comme dans de nombreux pays, et pas seulement au Maghreb, les Noirs sont considérés comme des sous-hommes.

Suite aux récents propos polémiques du président tunisien, beaucoup de Subsahariens ont décidé de quitter la Tunisie. Quelques-uns restent, conscients qu’il existe en Tunisie, comme ailleurs, des gens de bonne volonté. Ils sont convaincus que les choses peuvent s’arranger.

Une lueur d’espoir qu’on retrouve tout au long de ce documentaire.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.