Portrait. Ridha Dhib, l’artiste qui transforme ses marches en œuvres d’art

Ridha Dhib lors de l’une de ses longues marches, au cours desquelles il enregistre son parcours et son rythme cardiaque pour créer sa « Cardio-Cartographie ». Crédit photo : Archives personnelles Ridha Dhib
Le plasticien franco-tunisien Ridha Dhib parcourt le monde à pied et transforme ses itinéraires en œuvres d’art. De Paris à Sousse, en passant par Compostelle ou Mardin, ses milliers de kilomètres donnent lieu à des lignes tracées sur les cartes. Un art de la marche qu’il résume par un mot : « martiste », contraction de marcheur et d’artiste.
En bref
- Ridha Dhib, plasticien franco-tunisien, transforme ses marches à travers le monde en œuvres d’art.
- Ses itinéraires deviennent des lignes tracées sur les cartes, entre performance physique et mémoire vécue.
- De Compostelle à Sousse, jusqu’à Mardin et Nauplie, il invente la « Cardio-Cartographie » et se définit comme « martiste ».
Ce globe-trotteur n’a pas à rougir de son empreinte carbone. Le monde, Ridha Dhib le parcourt à pied. Pour lui, les routes ont remplacé les toiles. Les lignes qu’il dessine sur les cartes avec ses itinéraires deviennent son œuvre. Et son corps, son principal outil de création. Un sac de 15 kg sur le dos et un bâton en bois de châtaignier pour soulager ses muscles et dissuader les chiens, le plasticien franco-tunisien, qui soufflera bientôt sa 60ème bougie, avance au rythme de ses pas.
Pourquoi s’infliger des milliers de kilomètres quand les moyens de transport abondent ? La question le fait sourire. « Parce que ça me met en joie », répond-il simplement. Il remonte alors le fil de son histoire.
Tout commence en 2008, lorsqu’il décide d’arrêter de fumer deux paquets par jour. Pour combler le manque, il se met à marcher, sans imaginer que cette habitude deviendra le cœur de son œuvre. Car Ridha Dhib n’a pas toujours créé avec ses jambes.
Formé à l’École des Beaux-Arts de Toulon, il commence par la peinture, jusqu’au jour où la toile ne lui suffit plus. « Le déclic, c’est un déplacement de la ligne. J’ai compris que je voulais faire sortir la trace du plan pour la mettre dans l’espace réel et le temps vécu. »
Il invente alors un mot pour définir sa pratique : « martiste », contraction de marcheur et d’artiste. Pour lui, la ligne n’est plus seulement une forme : elle devient une présence et une dépense physique.
Les chemins d’un arpenteur
Ses œuvres ne s’accrochent plus aux murs. Elles traversent les pays. En 2014, il emprunte le chemin de Compostelle ; en 2019, il relie son studio parisien à Sousse, soit 3 400 kilomètres. En 2022, il marche jusqu’à Mardin, en Turquie. Depuis le 29 juillet, il a quitté Paris et prévoit de rejoindre Nauplie en 100 jours.
Pour ce nouveau projet, intitulé Mnémosyne, du nom de la déesse grecque de la mémoire, il ne compte plus seulement les kilomètres mais enregistre aussi son rythme cardiaque. « Le kilomètre est une unité de distance, le battement de cœur est une unité de vie », résume-t-il.
Son parcours devient alors une mémoire en mouvement, où la distance parcourue se mesure aussi à l’aune de ce que son corps a vécu.
Chaque marche est une performance où son atelier tient dans son sac à dos. Ses outils sont son corps et son smartphone, qui lui permet de réaliser une « Cardio-Cartographie ». À l’époque de la prolifération des images artificielles, il produit chaque soir une « preuve d’existence » scellée numériquement, attestant qu’un homme a réellement dépensé sa vie pour être là.
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Ridha Dhib, citoyen du chemin
Au fil des kilomètres, le voyage impacte aussi l’individu. « Au début, l’esprit commente et anticipe. Puis la marche impose le rythme du pas et du souffle. Les pensées se déposent. Il reste une conversation directe avec le réel. »
Le plus souvent, il avance en silence. Parfois, une playlist l’aide à franchir un cap de fatigue. Mais, dit-il, « la marche finit toujours par faire descendre le mental dans le corps. »
Né à Sousse en 1966 et installé en France, Ridha Dhib se définit comme un « habitant du chemin ». « Je ne me vis pas comme d’ici ou de là-bas, mais comme quelqu’un qui relie, qui habite l’entre-deux. » Sur la route, sa présence intrigue.
Si la solitude est la norme, la rencontre fait partie de l’œuvre. Ceux qu’ils croisent offrent parfois un café, un coin de jardin pour sa tente, une mise en garde.
Au final, ce ne sont pas seulement des kilomètres que ce marcheur invétéré accumule. À chaque traversée, il cherche à rendre visible ce qu’une carte classique ne dit jamais : la fatigue, le souffle, les douleurs et les visages croisés.
u. « Au début, l’esprit commente et anticipe. Puis la marche impose le rythme du pas et du souffle. Les pensées se déposent. Il reste une conversation directe avec le réel. »
Le plus souvent, il avance en silence. Parfois, une playlist l’aide à franchir un cap de fatigue. Mais, dit-il, « la marche finit toujours par faire descendre le mental dans le corps. »
Né à Sousse en 1966 et installé en France, Ridha Dhib se définit comme un « habitant du chemin ». « Je ne me vis pas comme d’ici ou de là-bas, mais comme quelqu’un qui relie, qui habite l’entre-deux. » Sur la route, sa présence intrigue.
Si la solitude est la norme, la rencontre fait partie de l’œuvre. Ceux qu’ils croisent offrent parfois un café, un coin de jardin pour sa tente, une mise en garde.
Au final, ce ne sont pas seulement des kilomètres que ce marcheur invétéré accumule. À chaque traversée, il cherche à rendre visible ce qu’une carte classique ne dit jamais : la fatigue, le souffle, les douleurs et les visages croisés.
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Vos questions sur Ridha Dhib
Qui est Ridha Dhib, le « martiste » qui transforme ses marches en œuvres d’art ?
Plasticien franco‑tunisien né à Sousse en 1966, installé en France, il a fait de la marche le cœur de sa pratique artistique.
Pourquoi a‑t‑il choisi de parcourir le monde à pied ?
Depuis 2008, après avoir arrêté de fumer, la marche est devenue pour lui une source de joie et un médium artistique.
Comment ses itinéraires deviennent‑ils des œuvres d’art ?
Ses trajets tracent des lignes sur les cartes : distance, temps et effort physique deviennent matière artistique.
Qu’est‑ce que la « Cardio‑Cartographie » ?
Dans son projet Mnémosyne, il associe ses itinéraires à ses battements de cœur, transformant vie et distance en œuvre.
Quels sont ses principaux parcours ?
Compostelle (2014), Paris–Sousse (2019, 3 400 km), Paris–Mardin (2022), et depuis juillet 2026, Paris–Nauplie.
Pourquoi se définit‑il comme un « habitant du chemin » ?
Parce qu’il relie les territoires et habite l’entre‑deux, transformant la marche en espace de rencontres.
Que révèle la marche que les cartes classiques ne montrent pas ?
Elle rend visible la fatigue, le souffle, les douleurs et les visages croisés, dimensions humaines absentes des cartes.
