Portrait | Chourouk Hriech, une artiste en plein envol

Chourouk Hriech devant sa fresque Là où les oiseaux racontent, au Parc des Oiseaux, dans l’Ain, en 2026. © Nathalie Savale
L’artiste franco-marocaine Chourouk Hriech signe une fresque monumentale au Parc des Oiseaux, dans l’Ain. Une œuvre signature de son univers qui mêle mémoire, migration et frontières. De Sète à Bamako, en passant par le Maroc, sa prochaine saison d’expositions dessine un parcours à son image : sans frontières. Par Fadwa Miadi
En bref
- Chourouk Hriech signe une fresque monumentale au Parc des Oiseaux, dans l’Ain.
- L’artiste franco-marocaine puise dans la mémoire, les territoires, les migrations et les oiseaux.
- Son travail est principalement réalisé à l’encre de Chine, en noir et blanc.
- Matisse et Hiroshige comptent parmi les figures majeures qui nourrissent son univers artistique.
- Son agenda 2026-2027 la conduira notamment à Sète, Bamako, Belgrade et Casablanca.
Au cœur du Parc des Oiseaux, dans la Dombes, à moins de 40 km de Lyon, un surprenant récit se déploie sur les murs. Pour la première fois depuis son ouverture en 1970, cet immense parc ornithologique de 35 hectares accueille un parcours d’art contemporain. Parmi les sept artistes invités, Chourouk Hriech a choisi d’y raconter son propre monde. En noir et blanc, des fragments de souvenirs et d’architectures locales s’entremêlent à la présence de grands cygnes et d’un toucan. À la façon d’un puzzle, l’œuvre se déploie en ignorant les échelles et les frontières.

Pour Chourouk Hriech, l’intervention lors de cette édition inaugurale des Etincelantes, curatée par Fanny Robin, a le doux parfum d’un retour aux sources. Née à Bourg-en-Bresse en 1977, cette Franco-Marocaine a grandi tout près, dans le village de Montrevel-en-Bresse. Elle foulait déjà les allées de cette immense réserve de 35 hectares à 7 ou 8 ans, en famille ou lors de sorties scolaires. Y exposer aujourd’hui, entourée pour son vernissage de ses proches, ses amis d’enfance et de ses anciens professeurs, a été pour elle une émotion aussi improbable que « dingue ». « Ils se sont tous souvenus des concours de dessins que je remportais dès l’école primaire. »
Petite, Chourouk Hriech ne rêvait pas de devenir artiste. Elle se voyait archéologue. À la bibliothèque locale, elle passait des heures, une loupe à la main, à scruter les tableaux de Canaletto ou de Brueghel pour y déceler les détails de la vie d’autrefois. Cette curiosité pour les mondes cachés, les traces et les histoires ne l’a jamais quittée.
Après des études en Histoire et en Histoire de l’art, elle intègre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon presque par hasard, simplement pour conserver son statut d’étudiante. Diplômée en 2002, elle est immédiatement propulsée sur la scène contemporaine en exposant au CRAC de Sète. La ville deviendra sa « tribu » et sa terre d’adoption. Aujourd’hui elle vit et travaille à Marseille et depuis dix ans, elle enseigne aux Beaux-Arts de Marseille, transmettant à son tour ce qu’elle avait appris.
Depuis 25 ans, Chourouk Hriech dessine principalement à l’encre de Chine, un médium exigeant et sans concession. Mais elle refuse que cette contrainte devienne une prison. Lorsqu’un imprévu ou un faux mouvement surgit sur le papier, elle l’intègre au motif et réinvente son tracé. Comme un musicien qui fait « un pain » en plein concert et doit immédiatement improviser pour se rattraper.
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De Matisse à Hiroshige
Le noir et blanc est pour elle une manière de raconter des histoires, de rester dans le domaine du graphisme plutôt que de la peinture. Lorsqu’elle introduit la couleur, son geste est différent : elle explore alors « des questions picturales », sans chercher à enfermer l’image.
Cette façon de regarder le monde doit beaucoup à deux figures qui accompagnent son travail depuis longtemps. La première est Henri Matisse. Enfant, elle réalisait déjà des reproductions de Matisse pour les offrir à sa mère. L’Atelier rouge, qu’elle imagine volontiers inspiré des tapis marocains, l’accompagne depuis longtemps. Elle y puise une réflexion sur l’inversion du regard, les jeux d’échelle et l’abolition des frontières.
L’autre est Hiroshige et, à travers lui, tout un rapport japonais à l’image. Chourouk Hriech se reconnaît dans l’esprit du « monde flottant » et dans cette manière de penser la perspective autrement. Chez le maître de l’estampe japonaise, humains, végétaux, architectures et animaux semblent placés sur un même pied. Dans ses propres dessins, cette absence de hiérarchie traduit une vision d’un monde fondé sur l’interdépendance et l’égalité.
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La compagnie des oiseaux
Cette manière de mettre humains, architectures et animaux sur un même pied explique peut-être aussi la place singulière qu’occupent les oiseaux dans son univers. Chez Chourouk Hriech, ils ne sont pas de simples motifs : ils sont aussi une histoire de famille.
Chez sa mère, les volières de canaris et de mandarins ont toujours fait partie du décor. Son grand-père partageait cette passion. Les cigognes qui traversaient le ciel de Bresse étaient associées à des messagers familiaux capables de voyager jusqu’au Maroc.
L’oiseau est ainsi devenu une figure de la migration, du vivant et du lien. À Marseille, où elle est installée, elle a patiemment réaménagé sa cour pour y faire revenir les moineaux, les mésanges et les fauvettes à tête noire.
Alors, lorsqu’elle reçoit la proposition d’intégrer le premier parcours d’art contemporain à ciel ouvert du Parc de Villars-les-Dombes, qui abrite quelque 3 000 volatiles de 300 espèces originaires des cinq continents, c’est une évidence. À tel point qu’elle fait don de l’œuvre créée pour le lieu au parc.
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De Sète à Bamako en passant par Casablanca
Son agenda dessine désormais une géographie qui s’étend bien au-delà de son territoire d’origine. Dès le 19 septembre, elle investira le Centre d’art Le Parc, dans les Landes, pour Faire nos frontières, avant de présenter Des cabanes dans la tempête à la crypte d’Orsay et de participer aux 15e Rencontres de Bamako. Suivront une exposition personnelle à Belgrade en mars prochain, puis un retour au Maroc en mai 2027, à la galerie L’Atelier 21 à Casablanca.
Mais c’est à Sète, en décembre, que se jouera le rendez-vous le plus symbolique. Dans les 700 m² du Musée Paul Valéry, elle présentera Le chant des seuils, un grand solo. Le musée se trouve juste en face du canal et du CRAC, le centre d’art où elle avait présenté sa toute première exposition à sa sortie des Beaux-Arts, en 2002. Vingt-quatre ans après ses débuts, elle se retrouvera ainsi face au lieu qui avait lancé son parcours.
Entre la Bresse, Marseille, Sète et le Maroc, ses oiseaux auront beaucoup voyagé. Et elle avec.
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Vos questions sur Chourouk Hriech
Qui est Chourouk Hriech ?
Chourouk Hriech est une artiste franco-marocaine née à Bourg-en-Bresse en 1977, qui vit et travaille à Marseille.
Quelle technique utilise-t-elle principalement ?
Elle travaille principalement à l’encre de Chine, notamment pour ses dessins en noir et blanc.
Pourquoi les oiseaux occupent-ils une place importante dans son œuvre ?
Les oiseaux sont liés à son histoire familiale et sont devenus dans son travail des figures de la migration, du vivant et du lien.
Où peut-on voir son œuvre au Parc des Oiseaux ?
Son œuvre Là où les oiseaux racontent fait partie du parcours d’art contemporain Les Étincelantes, présenté au Parc des Oiseaux en 2026.
Où exposera-t-elle prochainement ?
Son parcours annoncé comprend notamment Sète, Bamako, Belgrade et Casablanca.
