Moi Président(e)… Fatima-Ezzahra Benomar : « Je supprimerais le 49.3 »

 Moi Président(e)… Fatima-Ezzahra Benomar : « Je supprimerais le 49.3 »

Fatima-Ezzahra Benomar, militante féministe et engagée contre les inégalités. © BERTRAND GUAY / AFP

Face aux inégalités, la militante Fatima-Ezzahra Benomar ne croit guère aux demi-mesures. Travail précaire, discriminations, rente immobilière…Elle s’attaquerait aux mécanismes qui, selon elle, entretiennent les écarts sociaux.

 

En bref

Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prête à défendre si vous étiez candidate, parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?

Si j’étais candidate, je proposerais d’abolir la prison. Le système carcéral n’a jamais montré son utilité, sinon à abîmer encore plus les personnes incarcérées et à les rendre pires dans le mal qu’elles peuvent commettre.

À titre comparatif, les protocoles sanitaires sont mis à jour chaque année. Au niveau international, on remet constamment en cause les pratiques, on avance vers des protocoles plus justes et plus sûrs. La prison, elle, est un système qui n’a jamais vraiment évolué depuis peut-être le Moyen Âge. On enferme des gens dans des endroits insalubres où ils pètent les plombs.

Si aujourd’hui, en médecine, on appliquait le même protocole qu’il y a des siècles, on passerait pour des barbares. À un moment, même si priver de liberté des gens nous rassure, je pense qu’il faut vraiment remettre cela en cause.

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Les Français issus de l’immigration sont davantage confrontés au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?

Ces discriminations sont anciennes. Déjà du temps de l’esclavage, le patriarcat avait inventé l’idée que la femme blanche est faible, virginale et qu’elle doit être soi-disant protégée par le patriarcat.

Or, il fallait justifier d’envoyer les femmes noires aux travaux les plus durs, dans les champs, alors que les hommes étaient plutôt à la menuiserie ou au moulin. On a inventé l’idée de la femme noire bête de somme et c’est quelque chose qui perdure.

On assigne aux personnes racisées les travaux les plus pénibles. On les retrouve dans des métiers de service qui impliquent de se lever très tôt, vers 4 h 30 du matin, pour nettoyer nos gares, nos bureaux, avant que les autres travailleurs ne se réveillent et se disent en arrivant : « Ah là là, qu’est-ce que c’est beau le capitalisme ! » Parce qu’il y a des travailleuses et des travailleurs qui sont épuisés à nettoyer deux ou trois heures avant, pour faire un travail qui détruit la santé et les corps.

On va orienter les femmes vers ces métiers pénibles et les hommes vers les livraisons ou la sécurité, qui sont aussi des emplois harassants et précaires. On continue à alimenter ce système avec une vraie ségrégation dans le monde du travail et un vrai plafond de verre.

Pour y remédier, il faut rendre plus efficaces les contrôles de l’inspection du travail, punir le racisme à l’embauche et mettre fin aux emplois précaires, peu protégés par le droit du travail. Nombre de personnes des quartiers populaires doivent composer avec un temps partiel imposé.

Dans la grande distribution, certains veulent passer en CDI à temps plein et n’obtiennent que des contrats morcelés, impliquant de travailler de nuit ou le dimanche.

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Quelle expérience récente vous a le plus confrontée aux inégalités sociales en France ?

Je dirais le secteur du logement. En France, il y a des personnes qui sont multipropriétaires, qui ne travaillent pas mais vivent d’une rente. Elles possèdent 30 ou 40 appartements qui leur permettent d’engranger un énorme pécule chaque mois.

Ceux qui ne disposent pas de ce genre de patrimoine se tuent à la tâche, avec une grande partie de leur salaire qui va dans le logement. Entre ces deux catégories, l’inégalité est immense.

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Quel livre, quel film ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?

Difficile d’en choisir un. Je suis reconnaissante au film L’Histoire de Souleymane, qui donne à voir le quotidien d’un livreur Uber. En mettant à nu tout le système d’esclavage qu’il y a derrière, j’espère qu’il incitera les gens à arrêter de commander Uber.

Impossible de l’ignorer, d’ailleurs, puisque le client voit bien, quand il ouvre la porte, qu’il a affaire à des primo-arrivants qui parlent mal le français, qui doivent rouler à bicyclette, qu’il pleuve ou qu’il vente.

Parfois, ils doivent même emprunter les comptes d’autres personnes sur l’application d’Uber quand ils sont sans-papiers. Quand on est de gauche, on ne commande pas Uber.

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Quelle règle du jeu démocratique changeriez-vous en priorité ?

Il y en a beaucoup. C’est pour ça que je suis pour qu’on passe à la VIe République. Je supprimerais le 49.3 (L’article de la Constitution française permet au Premier ministre de faire adopter un projet de loi sans le soumettre au vote des députés à l’Assemblée nationale, ndlr) et le fait que le président de la République puisse choisir librement le ou la Première ministre.

Il doit être obligé de nommer un ou une Première ministre issu du groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée nationale. Typiquement, actuellement, nous devrions avoir une personne du Nouveau Front populaire.

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Vos questions sur les propositions de Fatima-Ezzahra Benomar

Pourquoi Fatima-Ezzahra Benomar veut-elle abolir la prison ?

Elle estime que le système carcéral abîme les personnes incarcérées et n’a pas suffisamment évolué pour remettre en cause ses pratiques.

Quelles mesures propose-t-elle contre les discriminations au travail ?

Elle préconise de renforcer les contrôles de l’inspection du travail, de punir le racisme à l’embauche et de mettre fin aux emplois précaires peu protégés par le droit du travail.

Que dénonce-t-elle dans le secteur du logement ?

Elle pointe l’écart entre les multipropriétaires qui vivent de leurs revenus locatifs et les personnes qui consacrent une grande partie de leur salaire au logement.

Pourquoi critique-t-elle le recours aux plateformes de livraison ?

Elle dénonce les conditions de travail des livreurs Uber, qu’elle associe à un système d’exploitation, et appelle les personnes de gauche à ne plus commander sur la plateforme.

Quelles réformes institutionnelles défend-elle ?

Elle est favorable à une VIe République, à la suppression du 49.3 et à la nomination d’un Premier ministre issu du groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée nationale.

 

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Fadwa Miadi