Cinq choses à savoir sur Ali Rabeh, nouvelle figure de la lutte contre le RN

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, prend la parole lors d’un rassemblement contre le racisme et en hommage aux victimes de l’attentat raciste, à Trappes, le 30 octobre 2026. © SIMON WOHLFAHRT / AFP
À la suite de l’attentat terroriste raciste ayant touché sa ville, Ali Rabeh, maire de Trappes, a fustigé les discours racistes et une certaine complaisance de certains médias.
En bref
- Né à Poissy en 1984, Ali Rabeh est issu d’une famille originaire d’El Jadida, au Maroc.
- Il rejoint l’UNEF en 2003 et participe aux mobilisations contre le projet de décentralisation et le CPE.
- Élu maire de Trappes en 2020, il est réélu en 2021 puis en mars 2026.
- Il poursuit Jordan Bardella en justice pour diffamation après des déclarations sur Trappes.
- Après l’attentat raciste du 23 octobre 2026, il dénonce la banalisation des discours de l’extrême droite.
Né en 1984, Ali Rabeh monte régulièrement au front pour défendre sa ville, ses habitants et lutter contre l’extrême droite, comme il l’a toujours fait. Voici cinq choses à savoir sur Ali Rabeh, celui qui pourrait avoir un rôle à jouer à gauche en vue de l’élection de 2027.
1. Enraciné dans le 78
Son histoire commence à Poissy, dans les Yvelines, où il est né presque 42 ans auparavant. Originaire d’El Jadida, au Maroc, son père a travaillé comme ouvrier chez Chrysler, puis dans la mythique usine Peugeot de Poissy. C’est dans ce haut lieu de l’industrie française mais aussi, et surtout, de la lutte contre les inégalités, que le père d’Ali Rabeh s’est syndiqué.
De la fratrie de six enfants, celui dans lequel ce goût de l’engagement a le plus infusé est Ali. Ce n’est pas un hasard si c’est à Poissy, en 2008, qu’Ali Rabeh s’est engagé pour la première fois dans la politique locale, en devenant conseiller municipal.
2. De la lutte étudiante au Parti socialiste
Début 2003, Luc Ferry, ministre de l’Éducation nationale, défendait son avant-projet de loi sur la décentralisation prévoyant d’affecter aux collectivités territoriales 100 000 non-enseignants. Un tollé. FSU, CGT, CFDT, FO, Unsa-Éducation ou encore Fédération autonome de l’Éducation nationale (FAEN), tous étaient unis et dans la rue.
Ayant rejoint l’UNEF cette même année, Ali Rabeh milite contre ce projet de loi. C’est lors de ces mobilisations qu’il fait la connaissance de Mathieu Hanotin (ex-maire PS de Saint-Denis) et de celui qui deviendra son mentor, Benoît Hamon (ex-porte-parole du PS et fondateur du parti Génération-s). En 2006, désormais cadre de l’UNEF, le futur maire de Trappes participe à la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE). À la suite de cette dernière lutte, Ali Rabeh rejoint le Mouvement des jeunes socialistes.
3. Trappes au cœur
« En 2011, j’étais le directeur de campagne de Benoît Hamon qui était candidat dans la circonscription de Trappes pour les législatives. J’apprends à connaître la ville. J’en tombe amoureux et m’y installe », déclarait Ali Rabeh dans une récente interview. Très vite, il s’intègre à la vie politique de sa nouvelle ville.
En 2014, il entre dans l’équipe municipale au poste d’adjoint à la jeunesse et aux sports, sous le mandat de Guy Malandain. En 2020, il présente sa candidature aux élections municipales contre le maire sortant, et est élu.
Dans l’entre-deux-tours des élections, pendant le Covid-19, Ali Rabeh, en qualité de président de l’association Cœur de Trappes, avait participé à la distribution de masques chirurgicaux à son effigie. Le tribunal administratif de Versailles, puis le Conseil d’État, ont considéré qu’il s’agissait d’actions de « propagande ».
Son élection est invalidée, il est condamné à un an d’inéligibilité. Lors de l’élection partielle d’octobre 2021, il est de nouveau élu, dès le premier tour avec 58 % des voix. Le 15 mars dernier, il est réélu maire de Trappes dès le premier tour avec 55,61 % des voix.
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4. Lutte contre le FN/RN
1er mai 2002, manifestation pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen, président du Front national (FN), au second tour de l’élection présidentielle. Un électrochoc et un acte fondateur puisque ce fut la première manifestation à laquelle a participé Ali Rabeh. 19 ans plus tard, le 11 octobre 2021, au lendemain de sa réélection à la mairie de Trappes, Jordan Bardella, nouveau président du parti d’extrême droite renommé Rassemblement national (RN), déclarait : « Alors que le gouvernement reste passif devant la constitution de Républiques islamiques en miniature, il est urgent d’interrompre cette conquête de nos territoires ». Ali Rabeh le poursuit en justice pour diffamation.
Le 23 octobre 2026, un homme commet un attentat terroriste raciste faisant un mort et quatre blessés à Trappes et La Verrière. Ali Rabeh ne se cache pas et dénonce une banalisation du discours raciste de l’extrême droite, relayé par certains médias.
À la suite des pillages du 17 octobre 2026, Marion Maréchal (née Le Pen) accusait des « hordes arabo-musulmanes ».
Au lendemain de l’attentat dans les Yvelines, le maire de Trappes prévenait : « Hier, le clan Le Pen ciblait explicitement les juifs, aujourd’hui, ils pointent les musulmans, les immigrés et leurs descendants. Mais ne vous y trompez pas : aucune minorité ne sera épargnée ».
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5. Ciblé
Début 2021, peu après l’assassinat de Samuel Paty, Didier Lemaire, professeur de philosophie à Trappes, dénonçait une « emprise islamiste » sur la ville. Ali Rabeh réfutait ces propos. L’édile décidait de distribuer une note devant le lycée où enseignait le professeur pour soutenir des élèves qu’il disait « heurtés » par ces propos.
Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, s’était insurgé contre ce qu’il qualifiait d’intrusion en milieu scolaire. L’élu et le professeur, tous deux menacés de mort, ont dû être placés sous protection policière.
Vendredi dernier (30 octobre), le centre de tri de Montigny-le-Bretonneux découvrait une lettre suspecte contenant une poudre blanche. Adressé au maire de Trappes, le courrier contenait plusieurs écrits insultants, dont des propos racistes.
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