Ait Menguellet à Bercy le 26 novembre : 1ère pour un chanteur kabyle

 Ait Menguellet à Bercy le 26 novembre : 1ère pour un chanteur kabyle

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C’est un évènement : pour la première fois, samedi 26 novembre, un chanteur kabyle va se produire sur la scène de l’Accor Arena. Une consécration pour Lounès Aït Menguellet, 72 ans, qui fut également le premier à avoir chanté à l’Olympia, c’était en 1978. Nous l’avons rencontré ce mardi à Paris.

 

LCDA : Ce concert a-t-il une signification particulière pour vous ?

Lounès Aït Menguellet : Pas vraiment. On m’a proposé Bercy et j’ai accepté.  Les significations sont venues après, quand j’ai vu l’effervescence autour du concert. Vous savez, je ne me suis jamais intéressé à savoir quel était le premier artiste kabyle ou algérien à chanter à l’Olympia. Ce n’est pas important. Après je peux comprendre que de dire que je suis le premier chanteur kabyle à se produire à Bercy est bon pour la promotion du concert…

Tout de même, un spectacle dans la plus grande salle parisienne, ça a une saveur particulière…

La saveur vient du fait que le public va se déplacer pour me voir chanter. A chaque fois, c’est un plaisir renouvelé.  Que ça soit à l’Hôtel Arena ou ailleurs dans une salle plus petite. Cette communion avec le public, c’est à chaque fois quelque chose de magnifique.
C’est le même bonheur à chaque fois, en France comme à la Maison de Culture de Tizi Ouzou…Pour ce spectacle à l’Accor Arena, il y aura beaucoup de chansons que j’ai écrites pendant ma jeunesse. J’en ai préparées quelques unes et j’ai hâte d’y être.

Avez-vous conscience d’être pour beaucoup pas qu’un simple chanteur ?  On dit aussi que vous êtes poète, philosophe…

Je chante, j’écris des chansons. Les noms qu’on me donne, je les accepte tant qu’ils sont dans la logique de ce que je fais …

Les thèmes de vos chansons ont beaucoup évolué avec les années…

Et c’est normal. J’ai chanté des chansons qui reflétaient mon âge. Ma première chanson, j’avais 16 ans et elle parlait d’amour. Avec le temps qui passe et l’expérience qu’on engrange, on voit la société d’un autre oeil. Il faut pouvoir observer la société, c’est de là que viennent les thèmes de mes chansons. Voilà comment je suis passé de la chanson d’amour à la chanson politique…

Lounès Aït Menguellet, comment êtes-vous devenu chanteur ?

Un peu par hasard. Je n’ai jamais eu envie de devenir chanteur. J’aimais bien chanter tout seul dans mon coin.  Je jouais mal à la guitare, c’est encore le cas (rire).  Je ne chantais jamais en public. J’avais un cousin, un touche à tout qui a fini par devenir député à Alger. Il connaissait pas mal de monde.

Un jour, il est venu à la maison quand je chantais. Il y avait une émission de radio sur la chaîne 2, animée par Chérif Kheddam qui s’intitulait « les chanteurs de demain ».. Mon cousin m’a dit « J’ai entendu beaucoup de chansons dans cette émission et je pense que tu as largement ta place ». Il m’a dit « Je vais aller les voir et tu viendras chanter ». Moi, j’étais très timide à l’époque, bon je le suis encore un peu …

Je n’y croyais pas, je croyais qu’il avait juste dit ça comme ça. Quelques jours après, il est revenu pour m’annoncer que les responsables de l’émission étaient d’accord pour me recevoir. J’ai accepté en me disant que ça permettrait de connaître les lieux de cette chaîne de télé qui me faisait un peu rêver. J’y suis allé et vous connaissez la suite…

Vous considérez-vous comme un chanteur engagé ?

Chacun fait sa poésie comme il le ressent. La même dénonciation d’un arbitraire peut prendre différentes formes suivant l’artiste. Quand j’écris une chanson, je ne me dis pas « Attention, il faut que j’écrive de cette manière ». J’écris comme je le ressens avec des mots qui me semblent justes. Est-ce que je suis un chanteur engagé ?  Tout dépend de ce qu’on entend par engagement ?  Il y a 50 ans, quand on chantait en kabyle en Algérie, c’était déjà un engagement.
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.