Un prix retiré à Aung San Suu Kyi pour son silence sur le massacre des Rohingya

 Un prix retiré à Aung San Suu Kyi pour son silence sur le massacre des Rohingya

La dirigeante de la Birmanie


Le Musée de l’Holocauste de Washington a retiré ce mercredi 7 mars à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi un prix décerné pour son combat contre la dictature et en faveur des libertés, en raison de son inaction dans la crise des Rohingya.


Près de 690 000 musulmans rohingya vivant dans l’ouest de la Birmanie se sont réfugiés au Bangladesh voisin depuis fin août 2017 pour fuir une opération de l’armée, qualifiée de campagne d’« épuration ethnique » par les Nations unies. « Nous avions espéré que vous – en tant que personne saluée pour votre engagement en faveur de la dignité humaine et les droits de l’homme universels – feriez quelque chose pour condamner et stopper la brutale campagne militaire, et exprimeriez votre solidarité avec la population rohingya », a expliqué le Musée dans un communiqué.



Mais « la Ligue nationale pour la démocratie, sous votre direction, a au contraire refusé de coopérer avec les enquêteurs des Nations unies (et) propagé une rhétorique de haine à l’encontre de la communauté rohingya », a ajouté le Musée en allusion au parti politique de Mme Aung San Suu Kyi. Il appelle, en outre, la dirigeante à user de son « autorité morale pour répondre à cette situation ».



Cantonnée à la dissidence pendant près de trente ans, dont quinze en résidence surveillée, Aung San Suu Kyi avait reçu le premier prix « Elie Wiesel » décerné en 2012 par le Musée de l’Holocauste, pour son « action courageuse et son grand sacrifice personnel » contre la junte birmane et sa lutte pour « la liberté et la dignité du peuple birman ».



Mais la prix Nobel de la paix 1991, à la tête du gouvernement civil depuis 2016, a été accusée pour son manque de compassion à l’égard des Rohingya et pour son silence sur le rôle de l’armée, avec laquelle elle doit composer sur le plan politique.



Influencés par un fort nationalisme bouddhiste, une majorité des Birmans considère les Rohingya comme des étrangers et les voient comme une menace contre la prédominance bouddhiste du pays.



Des centaines de milliers de personnes à travers le monde réclament depuis 2016 le retrait du prix Nobel de la paix attribué en 1991 à Aung San Suu Kyi. Une éventualité toutefois exclue par le comité Nobel norvégien.


 


Sur leur site internet, le comité précise  : «Ni le testament d’Alfred Nobel ni les statuts de la Fondation Nobel n’ouvrent la possibilité qu’un prix Nobel – que ce soit en physique, chimie, médecine, littérature ou paix – soit retiré. La question ne se pose donc pas formellement.». «Seuls les efforts d’un lauréat jusqu’à l’attribution du prix sont évalués par le comité Nobel», pas son action ultérieure, précise-t-il encore.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.