Cinéma. « De nos frères blessés » sort Fernand Iveton de l’anonymat

 Cinéma. « De nos frères blessés » sort Fernand Iveton de l’anonymat

Fernand Iveton après son arrestation et sa torture. Arrêté le 14-11-1956, condamné à mort le 24-11-1956, il est guillotiné le 11-11-1957. Photo12 via AFP

Qui connaît l’histoire de Fernand Iveton, militant communiste, engagé dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et exécuté par l’Etat français le 11 février 1957 à Alger ? Avec « De nos frères blessés » sorti mercredi 23 mars, avec Vincent Lacoste dans le rôle principal, le réalisateur Hélier Cisterne sort de l’anonymat le seul européen guillotiné pendant la guerre d’Algérie.

 

Fernand Iveton est ouvrier à l’EGA (Électricité et Gaz d’Algérie). Il vit à Alger avec Hélène, une Polonaise, rencontrée lors d’un séjour à Paris et qui accepte de le suivre en Algérie.

Indépendantiste convaincu, Fernand Iveton adhère en 1955 au mouvement des Combattants de la libération créé par les communistes algériens, puis rejoint le FLN (Front de Libération National), deux organisations interdites par l’Etat français, car considérées comme terroristes.

Désireux d’en faire plus pour la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, Fernand Iveton dépose le 14 novembre 1956 une bombe dans un local désaffecté de son usine, loin des habitations. Le militant ne veut tuer personne, il cherche juste à provoquer une gigantesque panne d’électricité pour plonger dans le noir Alger. D’ailleurs, la bombe a été programmée pour exploser à 19h30, après que le personnel de l’usine soit rentré chez lui.

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Dénoncé par un de ses chefs qui le voit pénétrer dans le local un sac à la main, il sera arrêté le soir même, puis incarcéré à la prison de Barberousse à Alger, après avoir été torturé au commissariat.

Dix jours après son arrestation, après un simulacre de procès, une seule journée d’audience !, un avocat commis d’office qui fera le minimum, Fernand Iveton sera condamné à mort malgré l’absence de victimes.

Cinéma. « De nos frères blessés » sort Fernand Yveton de l'anonymat
Photo de Fernand Iveton, prise le 14 novembre 1956 à Alger, pendant la guerre d’Algérie, au moment de son arrestation.

« De nos frères blessés » met également en lumière une formidable histoire d’amour entre Fernand Iveton et Hélène sa femme, la seule à essayer de remuer ciel et terre pour sauver son mari de l’échafaud.

Les autres, le parti communiste français en tête, mais aussi les intellectuels de l’époque, regardèrent à côté. Sans oublier le rôle de François Mitterrand, et au-delà de la gauche alors au pouvoir, incapable d’accorder la grâce à un homme qui n’avait tué personne au final. Une gauche responsable de l’exécution de dizaines de militants politiques algériens.

Même si « De nos frères blessés » n’arrive pas vraiment à restituer toute la violence politique de l’époque, il n’en reste pas moins un film essentiel qui permet encore une fois de bien montrer la cruauté de la guerre d’Algérie.

Un film qui tombe à point nommé alors que viennent d’être célébrés les 60 ans des accords d’Évian qui marquent la fin de ce conflit.

A voir absolument.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.