Dans « On a grandi ensemble », Adnane Tragha filme la cité avec justesse

 Dans « On a grandi ensemble », Adnane Tragha filme la cité avec justesse

« On a grandi ensemble », un documentaire d’Adnane Tragha qui rend hommage aux habitants de la cité Gagarine, à Ivry-sur-Seine. En salles à partir de juin 2022.

A la fin du visionnage d' »On a grandi ensemble », le nouveau documentaire d’Adnane Tragha qui sortira au cinéma en juin prochain, on se sent apaisé, soulagé de voir qu’on peut enfin faire un film sur la « cité » avec justesse, loin des habituels clichés ou de la vision paternaliste de certains réalisateurs parisiens en croisade cinématographique pour sauver les « sauvageons » des banlieues.

Quand Adnane Tragha apprend que les barres d’immeubles de Gagarine, situées à Ivry-sur-Seine en banlieue parisienne, appelées ainsi en l’honneur du cosmonaute soviétique Youri Gagarine qui inaugura les lieux en grande pompe en 1963, vont être détruites, il sort sa caméra. En toute légitimité : Adnane Tragha a grandi à 5 mètres de la cité Gagarine, là où logeaient ses copains d’enfance.

Il n’est pas le seul à avoir cette idée mais Adnane choisit, lui, d’aller à la rencontre des « Gagarinois historiques », ceux qu’il a côtoyés toute sa vie. Ceux qui étaient là au début de l’aventure Gagarine.

La réussite, l’authenticité de ce film est une demi-surprise. On connaît le travail d’Adnane Tragha. Ce cinéaste de 46 ans a appris le métier sur le terrain. Pour ne dépendre de personne et créer en indépendance totale, Adnane Tragha monte en 2015 sa boîte de production « Les films qui causent ». L’année suivante, sort « 600 euros », son premier long métrage de fiction, qui n’a bénéficié d’aucune aide ou subvention. Un film qui surprend le cinéma français. Adnane Tragha détonne dans un milieu où beaucoup sont prêts à tout pour « réussir ». Lui, préfère rester sur ses valeurs.

En 2017, il déclarait lucide : « Si tu acceptes de rentrer dans un certain moule, en faisant par exemple des films qui donnent une image négative des banlieusards mais qui sont conformes à l’imaginaire collectif, il y a moyen de faire son trou plus facilement. Si demain je propose un film sur une jeune maghrébine voilée de force dans une cité miséreuse et qu’il est correctement écrit, j’aurai moins de problèmes à obtenir des financements ». 

Dans « On a grandi ensemble », Adnane Tragha donne la parole à une variété de personnages. Leurs discours bien que différents se rejoignent tous. Se dégage la même fierté d’avoir vécu dans cette cité, malgré le bruit des trains (Gagarine faisait face à la gare d’Ivry-sur-Seine), malgré la violence sociale, malgré la dureté des rapports humains, les seringues des toxicomanes qui jonchaient parfois les allées …

Aucun expert interviewé dans son film, pas de journalistes, pas de chercheurs, pas de sociologues, pas de phrases inaudibles de 10 000 kilomètres de long, mais des témoignages beaux et sincères parce c’est toujours plus facile de se confier à quelqu’un quand on a confiance en celui qui nous filme.

Dans ce film d’une heure 10, il n’y a ni Noirs, ni Arabes, ni Juifs, ni Blancs qui revendiquent une quelconque appartenance ethnique. Il y a juste des destins communs et cette chance d’avoir grandi tous ensemble !

A Gagarine, comme beaucoup de quartiers populaires, c’était d’abord des enfants d’ouvriers, des enfants de pauvres. « Sans ses habitants, la cité Gagarine n’est plus. Sans la cité Gagarine, ses habitants n’auraient certainement pas été les mêmes », aime à rappeler Adnane Tragha.

Son film leur rend hommage de manière admirable. Et pas seulement sur le fond. Adnane Tragha a aussi soigné la forme de ce documentaire. En plus des belles images, le film est ponctué d’intervalles musicaux. Un pur bonheur.

« On a grandi ensemble » sera projeté le 12 février à 17h30 à « domicile », à Ivry-sur-Seine au cinéma Le Luxy, le 1er avril à Savigny-le-Temple (91), le 2 avril à Noisy-le-Sec.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook du réalisateur ….

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.