« A Tel Aviv Sur Seine, c’est une milice privée qui décide de qui entre », Nnoman, photographe indépendant

 « A Tel Aviv Sur Seine, c’est une milice privée qui décide de qui entre », Nnoman, photographe indépendant

Paris – Tel Aviv Sur Seine


 


Été 2014, Gaza est sous les bombes. Une agression israélienne  qui coûtera la vie à plus de 2200 Palestiniens, dont 500 enfants.


 


Nous nous rendons devant l'ambassade israélienne à Paris pour couvrir une manifestation organisée par le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). Un rassemblement honteux pour soutenir l'armée israélienne.  Beaucoup de policiers sont présents mais très vite on remarque qu'ils sont juste ici en renfort.


C'est la SPCJ, le service de protection de la communauté juive de France, une sorte de milice qui décide de qui est autorisée à entrer au cœur de la manifestation. Ce jour-là, elle nous refusera l'accès (voir notre papier), sous les yeux de la police qui laissera faire. 



Il semblerait que ce jeudi 13 août vers midi, NnoMan, photographe indépendant, connu pour son combat antiraciste, en a également fait les frais. Des "check-points" à l'israélienne sont installés un peu partout où les policiers filtrent les entrées.


Alors que NnoMan s'apprête à pénétrer à "Tel Aviv Sur Seine", "un jeune homme assez baraqué, habillé d'un bombers et qui porte des gants de motos, ordonne aux CRS  de me refuser l'accès", raconte le photographe. 


Toujours d'après NnoMan, des menaces de mort auraient été proférées. "J'espère que tu sais nager sale bâtard, je vais te tuer", aurait crié alors le milicien, sans doute membre du SPCJ. NnoMan prend alors à témoin un CRS. 


"Au lieu de prendre ma défense, le policier m'a conseillé de porter plainte et aussi d'arrêter de prendre les gens en photo, si je ne voulais pas avoir des ennuis", raconte incrédule NnoMan. "A Tel Aviv Sur Seine, c'est une milice privée qui décide de qui entre", raille t-il. Fin de l'aventure pour ce photographe, interdit donc d'accès à Tel Aviv Sur Seine et condamné à rester de l'autre côté.


De l'autre côté justement, plusieurs centaines de militants de la cause palestinienne protestent pacifiquement contre cet événement inique. Ce côté-ci des Berges rebaptisé par leurs soins, "Gaza Sur Seine". 


Nicolas, également photographe indépendant et qui s'est déjà rendu en Palestine en 2014 témoigne. "Pour accéder à Tel Aviv Sur Seine, on se fait fouiller de la tête au pied et si on a sur soi un keffieh ou un drapeau palestinien, on est certain de se faire refouler. Rien de tout ça  pour venir à "Gaza sur Seine" où tout le monde peut y accéder librement". Résultat : certains militants pro-israéliens en profitent pour venir provoquer. "Une dame a commencé à crier qu'Israël ne mourra jamais", raconte Nicolas.


Hind a même entendu un homme scander plusieurs fois que la "Palestine n'existait pas". Toujours, sous le regard impassible des CRS. "Je n'ose pas imaginer ce que les policiers nous auraient fait si nous avions tenus de tels propos une fois arrivés à Tel-Aviv-Sur-Seine", conclut la jeune femme. 


 


Nadir Dendoune



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015.



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015. 



Paris – Tel Aviv Sur Seine, le 13 août 2015.


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.