Déchéance de nationalité : une porte ouverte à l’extrême droite ?

 Déchéance de nationalité : une porte ouverte à l’extrême droite ?

Place de la République à Paris


 


Alors que les hommages aux victimes des attentats de janvier 2015 se sont multipliés ce week-end (9-10 janvier), plusieurs associations ont profité de cette période pour tirer la sonnette d'alarme. Ainsi le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) en a profité pour écrire une lettre ouverte au président de la République pour lui rappeler le danger de la déchéance de nationalité mais aussi d'une éventuelle constitutionnalisation de l'état d'urgence.


 


Promesses


Mars 2014. François Hollande assurait au MRAP, à la LICRA, la LDH et SOS Racisme sa « détermination et de celle du gouvernement à lutter contre tous les actes racistes, notamment antimusulmans ». Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et le sang est venu rougir le pavé parisien. A événement exceptionnel, mesures exceptionnelles, les associations l'ont bien compris, mais lorsque l'exceptionnel menace de devenir la règle, ça pose problème.


C'est pourquoi les associations, comme nombre de citoyens, s'inquiètent quant aux discussions autour de la déchéance de nationalité et de l'éventuelle constitutionnalisation de l'état d'urgence. Bavures, dérives, l'état d'urgence a déjà montré ses dangers, ce que questionne sérieusement le MRAP dans sa lettre ouverte : « La police a effectué des signalements au parquet – en vue de poursuites – suite à une manifestation pour les droits des migrants le 22 novembre. Certaines des 58 personnes signalées ne se trouvaient même pas à Paris ce jour-là ».


 


Porte ouverte à l'extrême droite ?


« Cette idée de déchéance, défendue de longue date par l’extrême droite qui veut bannir le droit du sol, crée et renforce les préjugés xénophobes et les aveuglements identitaires (…) En ce moment de grande tension, nos concitoyens musulmans, ou supposés tels, sont les premières victimes du racisme comme l’ont encore montré les événements de fin décembre 2015 en Corse » insiste le MRAP, espérant attirer l'attention du président de la République sur cette pente glissante menant à la xénophobie.


Dans une entretien au Monde datant de décembre dernier, le Défenseur des droits prévient, lui aussi, sur la pérennisation de l'état d'urgence qui restreindrait durablement les libertés fondamentales et sur l'utilisation de la déchéance de nationalité : « Si on met le doigt sur la citoyenneté contestable par rapport à une autre qui serait incontestable, aujourd'hui pour des raisons qui tiennent à la sécurité, mais demain on pourra trouver un autre motif impérieux pour contester la nationalité et la citoyenneté ».


 


C'est pour discuter de ces dangers imminents que la co-présidence du MRAP (Jean-Claude Dulieu, Renée Le Mignot, Augustin Grosdoy) a écrit cette lettre ouverte et souhaite être reçue par François Hollande. En espérant que l'émotion n'ait pas totalement pris le pas sur la raison …


 


F. Duhamel

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