En France seulement depuis 3 ans, deux jeunes Albanais obtiennent le BAC S avec mention

 En France seulement depuis 3 ans, deux jeunes Albanais obtiennent le BAC S avec mention

Illustration- Des lycéens français découvrant les résultats du bac. AFP PHOTO / MARTIN BUREAU


 


L'histoire est belle. Elle mérite d'être connue de tous. Fatos et Rahman sont albanais. Ils ont tous les deux 20 ans. Ils sont jumeaux. Ils ont débarqué seuls en France sans papiers il y a trois ans et pourtant, ils viennent d'obtenir leur bac avec brio. Pas n'importe lequel : un bac S, le scientifique, le plus difficile à avoir. 


 


Fatos a obtenu le précieux sésame avec la mention bien. Il a manqué à Rahman quelques points pour égaler son frère. Tout commence en septembre 2012 quand ils arrivent à Saint-Etienne, "pour une vie meilleure". 


Ils sont tout de suite pris en charge par le Conseil Général de la Loire au titre de mineurs isolés.

"Comme on ne parlait pas français, on s'est tout de suite dit qu'il fallait qu'on s'inscrive à l'école. On a eu la chance de tomber sur un super proviseur au lycée Jean Monet de Saint-Etienne", raconte dans un parfait français Fatos. 


"Avec le peu de mots qu'on connaissait, on a réussi à le convaincre de nous donner notre chance", continue le jeune garçon. Georges Berger confirme. "A l'époque, il fallait leur parler doucement et ils arrivaient à peine à répondre", se souvient le proviseur. "On sentait chez eux une grande motivation. Mais on aurait jamais pensé les voir progresser aussi vite", lâche M.Berger, tellement heureux de voir ces deux jeunes réussir. 


A la surprise générale, l'année d'après, ils obtiennent au bac de français des notes supérieures à celles de leurs camarades de classe. Tout semble aller bien dans le meilleur des mondes. Les choses se compliquent à leur majorité. 


La préfecture de La Loire ordonne que les jumeaux, tout juste 18 ansquittent le territoire. "Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, la préfecture motivait sa décision en disant que Fatos et Rahman ne montrait aucune volonté d'intégration!", explique dépité M.Berger. 


Bien décidés à se battre, un recours est déposé devant le tribunal administratif de Lyon. En vain. Le recours est rejeté… Un collectif se monte et une association est créée. REVE  (Rester, Etudier, Vivre Ensemble), destinée à les aider dans toutes leurs démarches administratives et judiciaires. L'association se charge également de leur trouver un hébergement, de  s'occuper de leur scolarité, etc.


"On a trouvé une famille ici", s'enthousiasme Rahman. Une famille qui s'agrandit avec une grosse mobilisation des lycéens. Pas suffisant pour leur faire obtenir des papiers en règle. "Malgré toutes nos démarches il n'y a pas eu moyen d'obtenir de la préfecture de la Loire qu'elle les régularise", regrette Georges Berger.


Pas d'autres choix alors que de retourner en Albanie "afin de demander des visas étudiants". "On voulait être en règle et poursuivre nos études sans avoir la crainte de nous faire arrêter par la police", explique Fatos.  "On avait de bonnes chances que cela marche. On était allé jusqu'au ministère de l'Intérieur pour défendre ces deux cas", embraie de son côté M. Berger.


Fatos et Rahman peuvent revenir en France. Rassurés, ils reprennent les cours en terminale S où ils obtiennent des superbes notes en mathématiques et en sciences physiques. Ils sont donc prêts pour le bac. "En fin de compte, l'examen n'était pas vraiment difficile", dit en souriant Fatos.


Ils ont l'avenir devant eux. La semaine prochaine, ils seront à Paris. Pas pour des vacances. "Pour un stage de deux semaines à Polytechnique", précise Rahman. Admis en classe préparatoire, ils espèrent devenir ingénieur. Il se pourrait bien alors que personne en France ne puisse douter de leur volonté d'intégration…


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.