L’évêque d’Ajaccio remet les pendules à l’heure à destination de ceux qui « brandissent les racines chrétiennes pour justifier certaines crispations »

 L’évêque d’Ajaccio remet les pendules à l’heure à destination de ceux qui « brandissent les racines chrétiennes pour justifier certaines crispations »

Monseigneur Olivier De Germay (C) lors d’une procession religieuse


 


Dans un climat de racisme décomplexé, voir par exemple "l'affaire Morano" (la députée européenne et ancienne ministre  avait qualifié ce week-end la France de pays "de race blanche),  Monseigneur de Germay, évêque d’Ajaccio a souhaité réagir vis-à-vis de ceux qui brandissent les racines chrétiennes pour justifier "certaines crispations, certaines tensions". 


 


Dans un texte publié ce lundi 28 septembre sur le site internet du diocèse d'Ajaccio, ce dernier précise certains fondamentaux. "S’il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme, s’il s’agit aussi de promouvoir les racines chrétiennes de la Corse, pour autant il ne s’agit pas d’oublier ce qui est justement au cœur de ces mêmes racines : l’évangile et l’attention que l’on doit porter à son prochain", écrit-il.



"Récemment, des Corses ont exprimé leurs craintes vis-à-vis de l’éventuelle arrivée de réfugiés. D’autres ont souhaité l’interdiction de la fête de l’Aïd El Kébir qui devait avoir lieu sur la commune d’Ajaccio. Ils considèrent que la Corse est une terre chrétienne et qu’elle ne peut accepter une manifestation trop visible de la foi ou de la culture musulmane. Certains vont jusqu’à demander le départ des personnes de religion musulmane", commence Mgr Olivier de Germay. 


Dans un souci de dialogue et sans vouloir jeter l'opprobre sur toute une communauté, il rappelle "qu'il se sent évidemment concerné par ces prises de position, et c’est à leurs auteurs que je souhaite m’exprimer en priorité. Je suis d’ailleurs prêt à les rencontrer s’ils le désirent". Essayant donc de se mettre à la place de ceux qui dans le contexte international actuel, peuvent avoir des craintes, il n'oublie pas que "la radicalisation de nombreux jeunes musulmans est une réalité en France qu’on ne peut ignorer et qui touche aussi la Corse et il serait irresponsable de fermer les yeux sur ce phénomène qui peut déstabiliser nos sociétés et il est normal de réfléchir aux moyens d’y faire face", concède l'évêque. 



Malgré tout, ce dernier aimerait "inviter ceux qui seraient tentés par la violence (qu’elle soit verbale ou physique) à ne pas tomber dans le piège du mépris et de l’exclusion". "On voit bien aujourd’hui comment des idéologies haineuses peuvent engendrer le chaos. Ne reproduisons pas cette absurdité en Corse !", prévient-il.  


"J’invite ceux qui veulent défendre la culture chrétienne à découvrir la foi sur laquelle elle s’enracine. Comment en effet pourrait-on défendre la religion chrétienne en ayant une attitude contraire à l’évangile ? L’éclairage de la foi chrétienne nous permet de reconnaitre en toute personne un frère ou une sœur en humanité dont la dignité est inaliénable. L’évangile nous demande de respecter toute personne, quelles que soient ses opinions ou sa religion, parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. Il existe en Corse de nombreux musulmans, dont beaucoup sont nés sur l’île, qui ne demandent qu’à vivre en paix avec tous. Si nous les méprisons, cela ne fera que conforter ceux qui sont tentés par la radicalisation. Nous ferions mieux de dialoguer avec eux pour les aider à dissuader ceux qui se laissent influencer par cette idéologie. Le rejet de l’autre ne peut engendrer la paix. Seuls le dialogue et le respect peuvent nous aider à construire la paix. Soyons capables de vivre ensemble avec nos différences. Alors nous pourrons être fiers de nos racines chrétiennes", conclut dans un message de paix Mgr Olivier de Germay. 


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.