Malik Oussekine, 30 ans après

 Malik Oussekine, 30 ans après

Bouquets de fleurs et lettres déposés le 4 décembre 1987


C'était il y a 30 ans déjà, mais pour  beaucoup, c'est comme si c'était hier. Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en marge d'une manifestation contre la loi Devaquet sur la réforme des universités, Malik Oussekine, jeune étudiant français de 22 ans, est matraqué à mort par deux "voltigeurs", dans le hall d'un immeuble parisien, au 20, rue Monsieur-le-Prince, où il s'était refugié. Ces policiers sont chargés de "nettoyer" les rues après les manifestations. 



 


Seul témoin du drame, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l'immeuble du 20 rue Monsieur-le-Prince raconte : "Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d'un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte". Puis Paul Bayzelon ajoute : "Deux policiers s'engouffrent dans le hall, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier : "je n'ai rien fait, je n'ai rien fait' ".


Paul Bayzelon a essayé de venir en aide au jeune Malik mais il recevra, lui, aussi des coups de matraque. Les voltigeurs cesseront de le cogner quand ils verront sa carte de fonctionnaire. Ils quitteront l'immeuble quelques minutes plus tard, laissant Malik Oussekine mort. Les "voltigeurs" furent dissous à la suite du drame.


Le lendemain du drame, Alain Devaquet, ministre délégué à l'Enseignement supérieur présente sa démission. Plusieurs centaines de milliers d'étudiants défilent en silence à travers toute la France, portant des pancartes "Ils ont tué Malik". Le 8 décembre 1986, le Premier ministre Jacques Chirac annonce le retrait du texte. 


Les deux meurtriers, le brigadier Jean Schmitt, 53 ans à l'époque des faits, et le gardien Christophe Garcia, 26 ans, seront jugés trois ans plus tard en 1989, devant la cour d'assises de Paris pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner".


Condamnés en janvier 1990 à 5 ans et 2 ans de prison avec sursis, ils n'ont jamais fait un jour de prison


Nadir Dendoune



 


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.