Manuel Valls promet de prendre des sanctions contre le mouvement BDS

 Manuel Valls promet de prendre des sanctions contre le mouvement BDS

THOMAS SAMSON / AFP


 


On aurait bien aimé aller faire un tour ce lundi soir (18 janvier) à la conférence – débat avec le Premier ministre Manuel Valls, mais pas sûr qu'ils nous auraient laissé entrer, avec ou sans la carte de presse. Les invités étaient triés sur le volet.  Les organisateurs précisaient sur leur page Facebook que seuls les adhérents des "Amis du CRIF"(Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) étaient admis.  


 


Dix jours avant l'évènement qui a eu lieu à l'intérieur du prestigieux hôtel Intercontinental dans le 9ème arrondissement de Paris, les organisateurs annonçaient déjà que la soirée était complète. 


Animée par le journaliste Guillaume Durand, on a parlé des derniers évènements tragiques, comme la tuerie survenue à l'Hyper cacher en janvier 2015, mais aussi de la récente agression, à l'aide d'un couteau, d'un professeur à Marseille par un adolescent. Mais la soirée a été surtout marquée par les propos de Manuel Valls qui s'en est pris une nouvelle fois ouvertement à BDS (la campagne de boycott lancée en France, en 2009, pour contraindre Israël à respecter le droit des Palestiniens).


Le Premier ministre a déclaré qu'il aimerait davantage contraindre les manifestations appelant au boycott des produits israéliens.  « Je pense que les pouvoirs publics doivent changer d’attitude vis-à-vis de ce type de manifestations » qui participent selon lui d’un « climat nauséabond ».


Pour Manuel Valls, « on est passé de la critique d’Israël à l’antisionisme et de l’antisionisme à l’antisémitisme ». Avant de menacer : « Je pense que nous allons prendre des dispositifs – mais toujours dans l’Etat de droit – qui doivent montrer que ça suffit, et qu’on ne peut pas tout se permettre dans notre pays. J’en parlerai, et j’en ai déjà parlé avec le ministre de l’Intérieur. »


M. Valls n’a cependant pas repris à son compte « l’interdiction » appelée de ses vœux par le président du CRIF, Roger Cukierman. Pour combien de temps ?


Déjà, en décembre 2015, Manuel Valls avait condamné à l'Assemblée nationale les campagnes visant les produits israéliens du fait du conflit avec les Palestiniens menées par le mouvement BDS (« boycott, désinvestissement et sanctions »).


Après Michèle Alliot-Marie, c'est donc au tour du Premier ministre de s'en prendre à BDS. En février 2010, Michèle Alliot-Marie, à l'époque garde des Sceaux, "demandait par une lettre-circulaire aux Parquets, d’engager des poursuites contre les personnes appelant ou participant à des actions de boycott des produits déclarés israéliens".


Depuis, une dizaine de procès ont eu lieu, donnant parfois suite à des condamnations. 


« Nous mettons au défi quiconque de trouver une seule référence de notre campagne qui se situerait sur le terrain du racisme. Tout notre combat se construit précisément dans le cadre de la lutte contre tous les racismes », avait rappelé BDS France, le 17 décembre dernier, dans un communiqué. 


« Notre action est éthique, citoyenne et politique. Elle s'inscrit dans notre combat permanent contre toute forme de racisme. Elle ne vise pas des personnes ou des groupes en raison de leur origine ou de leur religion juive, ni leurs entreprises ou leurs produits. Nous faisons une différence évidente entre un produit israélien que nous boycottons et un produit casher produit par une entreprise non israélienne que nous ne boycottons pas. Ce boycott ne vise pas la société israélienne ni les individus qui la composent, en tant que tels, il vise la politique coloniale d'occupation israélienne et ses partisans ». Un message clair que feint d'ignorer le Premier ministre français.



La France est la seule démocratie au monde où l’appel au boycott par un mouvement associatif ou citoyen pour critiquer la politique d’un Etat tiers est interdit …


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.