Procès Saboundjian-Bentounsi – Portrait du policier responsable de la mort d’Amine Bentounsi

 Procès Saboundjian-Bentounsi – Portrait du policier responsable de la mort d’Amine Bentounsi

Funérailles d’Amine Bentounsi


 


Au fil de la journée, Damien Saboundjian, gardien de la paix, dans la police depuis 2000, a perdu un peu de la sérénité qu'il affichait en début d'audience. Ce lundi 11 janvier 2016, il est arrivé à l'heure, lui qui a un problème avec la "ponctualité", à 9h, à la Cour d’assises de Bobigny, l'air confiant, soutenu par ses collègues venus en masse au tribunal. 


 


Damien Saboundjian, pas tout à fait 37 ans, il fait beaucoup plus, est un colosse : il doit mesurer un peu plus d'un mètre 90, doit peser plus de 100 kg. Il est taillé comme une armoire à glace, un corps qu'il entretient "grâce à la musculation". "Un de ses seuls loisirs", avoue-t-il. Avant d'ajouter : "Je fais aussi du ski de piste depuis l'âge de 6 ans".


Il est poursuivi pour « violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique ». Il s'en sort plutôt bien. Responsable de la mort d'Amine Bentounsi, abattu d’une balle dans le dos en 2012, il devait répondre devant la justice pour « homicide volontaire ». Le chef d'accusation a été par la suite revu à la baisse. 


Damien Saboundjian est né en France. Ses parents sont arméniens. Son avocat insiste sur le fait qu'il est "très impliqué dans cette communauté", histoire de le rendre sympathique aux yeux des jurés. 

Damien Saboundjian est originaire de La Tronche, une banlieue de Grenoble. On ose le jeu de mots en disant qu'il n'est pas vraiment une "lumière". Avant de devenir flic, il a été pâtissier. "J'ai raté le CAP deux fois à cause du chocolat", avoue-t-il à la barre. Il a surtout fini au concours de police à la 1100 énième position… sur un total de 1200 inscrits, "un bon classement", ose-t-il dire au président.  


Résultat : mal classé. Il ne peut pas choisir son affectation et se retrouve là où personne ne veut aller, à Bobigny, dans le 93. Pas n'importe où mais dans le même tribunal où il est aujourd’hui. Il est chargé d'emmener les détenus en prison. Ce n'est qu'en 2009 qu'il commence à travailler pour le commissariat de Noisy-le-Sec.  


A l'audience, on apprend qu'il est bien noté par ses supérieurs. " Devant les tribunaux, ils le sont tous", raille un journaliste, habitué des procès. Un "bon classement" à mettre en perspective puisqu'on 

apprend quelques instants plus tard de la bouche d'un officier de la police des polices que le prévenu est un "fonctionnaire moyen", "courageux mais qui manque de rigueur et d'esprit d'initiative". Il doit aussi faire des efforts pour être "ponctuel".


L'initiative, il n'en a pas manqué le 21 avril 2012.  Alors que ses quatre collègues sont partis à la poursuite d'Amine Bentounsi, lui, est resté dans la voiture. Amine réussit à fausser compagnie à la police mais Damien Saboudjian contourne le pâté de maisons et tombe nez-à-nez avec Amine. Des coups de feu retentissent : quatre balles sont tirées par le gardien de la paix et Amine Bentounsi tombe face contre terre touché par l'une d'entre elles dans le bas du dos


Pendant plusieurs mois, les collègues du gardien de la paix, fontbloc derrière leur partenaire, affirmant avoir tout vu. Pressé par l'IGS, la police des polices, ils reviendront sur leurs propos. Au final, ils n’ont rien vu.


Ce qui n’est pas le cas de six autres personnes, présentes au moment de la tragédie. Aucun n’a vu Amine Bentounsi  braquer le gardien de la paix. Par contre, deux d’entre eux ont vu le jeune homme chuter puis se relever juste avant les coups de feu. Chose qu'oublieront d'évoquer les policiers… Pire : quatre filles, à bord d’une Peugeot 306 affirment même avoir été braquées un court instant par Damien Saboundjian. « Il était complètement paniqué », finiront-elles par dire. 


Aujourd’hui, il n'est plus sur le terrain. Il pourrait mais il n'a pas le droit de porter une arme. Alors il a accepté d'être affecté au CIC (Centre d'Information et de Commande). Là-bas, il gère les appels de Police secours. Un déclassement qui ne semble pas le déranger. Heureusement pour lui, il continue à toucher son salaire.


 


Nadir Dendoune


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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.