Projection du film « Ce n’est pas un rêve, la vie de Theodor Herzl » : Guillaume Weill-Raynal monte au créneau

 Projection du film « Ce n’est pas un rêve, la vie de Theodor Herzl » : Guillaume Weill-Raynal monte au créneau

Guillaume Weill-Raynal


 


Le 13 janvier 2016 aura lieu au Publicis Cinémas, sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, l’avant-première du documentaire « Ce n’est pas un rêve, la vie de Theodor Herzl ». Un film qui retrace le parcours du « fondateur du sionisme moderne ». C'est en apprenant que cette projection sera organisée sous le patronage du président de la République et sous le parrainage de la maire de Paris que Guillaume Weill-Raynal a décidé de monter au créneau. Cet avocat et essayiste nous explique pourquoi la tenue d’un tel événement le choque.


 


LCDL : Pourquoi trouvez-vous choquant qu'un tel événement soit organisé à Paris ?


Guillaume Weill-Raynal : Ça n’est pas tant le lieu qui me choque mais plutôt le moment et les personnalités publiques qui cautionnent cette manifestation. Que la communauté juive rende hommage à Theodor Herzl, le fondateur du sionisme, c'est  bien naturel. Chacun voit midi à sa porte…   Le problème est  que cet hommage est rendu sans le moindre recul.


On célèbre la vision originelle du sionisme, celle des premières années du 20ème siècle, idéaliste mais complètement déconnectée du contexte d’aujourd’hui, qui est celui d’une politique de domination injuste et brutale menée par Israël sur les Palestiniens. Or, précisément la langue de bois de la communication israélienne tente chaque jour de justifier cette oppression par une référence permanente aux dogmes fondateurs du sionisme.


Le fait que cette manifestation soit organisée sous le patronage du président de la république et sous le parrainage de la maire de Paris est effectivement très choquant. Ils prennent position pour les uns contre les autres. C'est une rupture de l’équilibre qu’ils disent chaque jour vouloir respecter.  


 


Est-ce la personnalité de Herzl qui vous pose problème ? 


Theodor Herzl est une « légende vivante ». Dans le bon et le mauvais sens du terme. Que l’on soit sioniste ou pas, c'est un personnage qui a compté et qui appartient à l’Histoire. Ce n’était qu’un intellectuel. Il a fondé le mouvement sioniste mais est mort en 1904, c'est-à-dire 44 ans avant la fondation de l’Etat d’Israël. 


Chacun est libre de le célébrer ou pas, de rappeler sa mémoire sous une forme apologétique ou critique. Mais là encore, le problème est que la projection de ce film le 13 janvier prochain n’est pas qu’une simple évocation historique. Elle est organisée par le Keren Hayessod, une organisation qui dépend directement de l’administration israélienne, ainsi que par le Centre Simon Wiesenthal, qui n’a plus, aujourd’hui, qu’un lointain rapport avec le célèbre chasseur de nazis et qui est devenu en réalité un think tank néoconservateur.    


 


Cela vous surprend-t-il que cette manifestation soit organisée  sous le patronage du président de la République ? 


Ça n’est malheureusement pas une surprise. C'est une illustration de ce « deux poids deux mesures » qui est analysé dans le documentaire « l’affaire Salah Hamouri ». Ça va dans le même sens que la circulaire Alliot-Marie qui transforme en délit le seul fait d’appeler à des sanctions contre la politique israélienne.


D’un côté, François Hollande et Anne Hidalgo parrainent un « hommage » à Herzl qui est en réalité une manifestation de soutien à la politique actuelle du gouvernement Netanyahu, et de l’autre, le tribunal administratif de Montreuil a annulé en juillet dernier la décision de la ville d’Aubervilliers qui avait fait citoyen d’honneur le leader palestinien Marwan Barghouti au motif que celui-ci a été condamné pour « terrorisme » par les tribunaux israéliens.


Voilà des années que le CRIF (NDLR : Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) et ses satellites clament que « le palestinisme est un antisémitisme ».  Un discours qui a fini par porter ses fruits.


 


Propos recueillis par Nadir Dendoune


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.