Sarkozy n’est pas contre un débat sur le droit du sol

 Sarkozy n’est pas contre un débat sur le droit du sol

Nicolas Sarkozy


 


« Faut-il remettre en cause le droit du sol ? Cette question, incontestablement, peut se poser », a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la première réunion des nouveaux adhérents aux Républicains ce samedi 13 juin.


 


Au sein de son parti, la question fait débat depuis longtemps. Eric Ciotti, secrétaire général adjoint de l'UMP, prône le rétablissement du « droit du sang » (je suis Français car mes parents sont Français) pour obtenir la nationalité française, tout en maintenant le « droit du sol » (je suis Français car je suis né en France) — aujourd'hui en vigueur pour tous — pour les citoyens de l'Union européenne. Brice Hortefeux avait par ailleurs déclaré en mai dernier mener « une réflexion » sur le sujet. 



Si Nicolas Sarkozy souhaite aujourd'hui ne fermer aucune porte, son avis était bien plus clair en 2003. Lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, il s'était totalement opposé à la revendication du Front national d'instaurer le droit du sang en déclarant : « Avec le droit du sang, on a toujours un sang qui n'est pas suffisamment pur ». Lors de la présidentielle de 2012, le président sortant avait de nouveau répété son opposition au droit du sang en lançant : «Le droit du sol, c'est la France ».



Dans le propre camp de Nicolas Sarkozy, la juppéiste Aurore Bergé s’est prononcée sur Twitter en faveur du droit du sol.



Sur Facebook, l’UDI Yves Jego a quant à lui dénoncé une manœuvre « dans la perspective des prochaines échéances électorales nationales » et un « vrai/faux débat ». « Ce droit du sol que certains voudraient voir remis en cause concerne dans la réalité statistique très peu de monde, a-t-il précisé. Ce débat sur la remise en cause de cette mesure pour 0,04 % de la population est donc un chiffon rouge destiné à tenter de satisfaire les instincts xénophobes cultivés par l’extrême droite française ».



A l’extrême droite justement, Marine Le Pen, a elle aussi pointé du doigt une « annonce électoraliste » sur BFMTV. Tout en se disant sans surprise, une nouvelle fois favorable à la suppression du droit du sol.



En déplacement à Mayotte, le Premier ministre Manuel Valls a pour sa part exprimé son opposition catégorique à l'ouverture de discussions sur le sujet, une question qui agite l'île française, confrontée à une forte pression migratoire. « Il y a toujours débat. C'est un sujet extrêmement difficile (…). Nous prenons des mesures rudes comme ce que nous sommes en train de faire sur Paris et sur Calais » a déclaré Manuel Valls en marge d'un déplacement. Et d'ajouter : « La question du droit du sol, je ne veux pas l'ouvrir ».



Après en avoir bien profité (!), Nicolas Sarkozy, né d'une mère française et d'un père hongrois, se pose aujourd'hui la question de remettre en cause ce droit inaliénable, en usage dans tous les pays civilisés…


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.