Une caricature de Dilem sur les naufragés provoque la colère des internautes

 Une caricature de Dilem sur les naufragés provoque la colère des internautes


 


De Montréal à Paris en passant par Alger, ils sont beaucoup à être en colère contre l'un des derniers dessins de Dilem. Le plus connu des caricaturistes algérien réagit quasiment quotidiennement à l'actualité.


 


Pour parler des récents drames survenus en Méditerranée où des milliers de migrants sont morts noyés, Dilem a choisi de dessiner une famille de naufragés africains qu'on voit descendre dans les tréfonds de l'océan. Le titre "Regroupement familial en Méditerranée" accompagne la caricature. Un dessin qui a été repris sur sa page facebook par la Licra (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme….), mais aussi par le quotidien algérien Liberté, provoquant la colère de nombreux internautes.


"Ali Dilem, j'ai honte de toi", a commenté sur sa page Facebook Leila, une Québécoise. La jeune femme s'en prenant également à l'organe de presse où a été publié le dessin."Journal Liberté, j'ai honte de ce journal. Quel torchon. Racisme. Violence et Colonialisme. Pas étonnant que Dilem se retrouve chez Charlie Hebdo". A la surprise générale, le dessinateur algérien a rejoint l'hebdomadaire satirique en début d'année.


La page Facebook de la Licra a été submergée de messages désobligeants. Ce qui l'a contraint à retirer le dessin. La Licra raillée par Ahmed, un trentenaire de Saint- Denis ( 93 )."C'est marrant comment la Licra avait apprécié moins l'humour de Siné". Le caricaturiste avait été viré de Charlie Hebdo en 2008 à cause de son antisémitisme supposé.


Justement, de nombreux internautes se sont indignés d'un "deux poids deux mesures de plus en plus fréquent". "J'aurais aimé voir si un dessin avec des fours et des personnages à costume rayé avec en titre "regroupement familial à Auschwitz", juste pour voir si ça passe aussi facilement", s'est interrogé avec ironie Francis, habitant de Paris.  


La liberté d'expression à géométrie variable régulièrement pointée du doigt donc. "Le problème, c'est que si on trouve pas cela drôle ou qu'on a quelque chose à redire parce que cela ne nous plait pas, on va  se faire accuser de faire "l'apologie du terrorisme", dénonce Malek, un Algérois. 

Pour Sadia, un Sénégalais installé à Paris: "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde mais le problème est que tout le monde rit de nous". Certains, comme Mohamed, qui vit à Lyon, pense que "la caricature du dessinateur algérien montre tout simplement l'ignorance de Dilem". "Il s'est laissé piéger par les amalgames. Comme on le voit ici, la majorité des migrants qui arrivent par la mer aux portes de l'Europe sont des Syriens".


D'autres y voient, certes, une "caricature pas très réussie" mais pense plutôt qu'il faut voir dans le dessin de Dilem une "dénonciation de ce qu'il se passe en Méditerranée". Comme Fatou, une Marseillaise. "En 2015 on dessine encore les Noirs avec de grosses bouches rouges tel Tintin au Congo, c'est pathétique. Mais je ne pense pas que ce soit pour se moquer des migrants mais plutôt pour dénoncer ce qui se passe. Je ne pense pas que l'humour soit dirigé contre les Noirs. Mais, ils dénoncent plutôt les passeurs: ces vendeurs de morts. Ils dénoncent l'inertie de la communauté européenne et internationale. Bien sûr, c'est peut- être choquant mais c'est ce que je vois quand je regarde ce dessin". Rachid, un Algérien de Bejaia ne comprend pas la colère des internautes. "Dilem est un caricaturiste. Il n'est pas raciste. Cela fait plus de 20 ans qu'il dénonce à travers ses dessins les injustices du monde ".  


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.