Intermittents du spectacle : Le cri de détresse des artistes tunisiens

 Intermittents du spectacle : Le cri de détresse des artistes tunisiens

Réunion de la ministre de la Culture Chiraz Latiri avec des représentants UGTT régionaux de divers syndicats d’artistes

S’ils ont survécu tant bien que mal aux deux premières phases de confinement, de nombreux artistes et intermittents du spectacle en situation précaire en Tunisie vivent mal la relégation de leur secteur d’activité, l’évènementiel et le culturel, parmi les tous derniers secteurs autorisés à reprendre, bien après les grandes surfaces et les lieux de culte, si tant est qu’il reprenne cette année. Sur la toile et dans la rue, certains se mobilisent sur fond de suspension sine die des festivals et des events privés.

 

A titre gracieux, beaucoup des intermittents du spectacle avaient participé, et participent encore, à l’effort national du confinement, spécialement lors du pic de l’épidémie des mois de mars – avril qui avait vu naître notamment un mini festival numérique du nom de « Conolia Festival » (un emprunt facétieux à une maladresse du dialecte local qui déforme parfois le mot Corona).

Souvent issus de la scène alternative et underground, musiciens et chanteurs, tous intermittents du spectacle, y ont animé bénévolement, en live streaming vidéo, des prestations très regardées, multigénérationnelles, avec la participation de visages connus tels que celui de la chanteuse Emel Mathlouthi.

3ème phase de déconfinement

Mais aujourd’hui les intermittents du spectacle ne voient ni le bout du tunnel, ni un quelconque retour sur investissement suite à ces efforts. Le 21 mai dernier, le gouvernement Fakhfakh avait affiné sa stratégie de la 3ème phase de déconfinement, reléguant au 8 juin la reprise progressive des centres culturels, des musées, galeries d’art et sites archéologiques avec une capacité de 50 %, mais ne mentionnant pas spécifiquement les concerts et autres festivals, dont certains parlent d’une reprise à l’automne, voire fin 2020.

« Après une évaluation attendue pour le 4 juin, et si la situation continue à être maîtrisée, toutes les activités seront concernées par la reprise le 14 juin, tout en veillant au respect des mesures sanitaires et préventives. Il faudra continuer d’éviter les rassemblements tant que l’épidémie existe », avait en effet insisté la ministre Lobna Jeribi. En clair, même en cas de reprise, il est difficile d’imaginer des concerts à guichets fermés du jour au lendemain, ni même des soirées privées « à l’ancienne », comme du temps de l’avant Covid-19. Or, la saison estivale représente la principale manne d’un pan entier d’intermittents dans le pays.

 

“Musicien est un métier”

Qu’à cela ne tienne, à l’image de la chanteuse Reem Manai, auteure de la vidéo ci-dessus, de plus en plus d’artistes tunisiens arborent désormais un badge sur les réseaux sociaux, réclamant sans détour de mettre fin à l’interdiction en vigueur des évènements privées. « Musicien est un métier, travailler est un droit », peut-on y lire. « Auriez-vous donc tous un deuxième job ? Etes-vous tous des gens aisés ? », lance-t-elle incrédule, s’adressant à ceux de ses confrères qui ne se sont pas encore mobilisés. « Nous existons ! […] Exilez-nous à défaut de nous reconnaître ! Il va falloir manifester, je ne pense pas que des artistes en viendront à se comporter en casseurs. Ceci n’est pas un appel au grabuge mais une action doit être menée au plus vite pour alerter les autorités sur le sort des professionnels du secteur », poursuit-elle.

Depuis la troisième semaine du mois de mai courant, des sit-in quasi quotidiens ont lieu devant le ministère de la Culture à la Kasbah, où l’ambiance est tendue, sur fond de critique de l’inertie de la nouvelle ministre des Affaires culturelles, Chiraz Latiri, accusée par certains manifestants de « favoritisme ». Le 22 mai dernier, cette dernière a reçu plusieurs représentants de syndicats d’artistes, sans que cela n’aboutisse à ce jour à une feuille de route précise sur d’éventuelles indemnisations des intermittents du spectacle à travers un fonds dédié.

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Seif Soudani