Lieberman demande au président israélien la grâce du soldat qui avait abattu un Palestinien au sol

 Lieberman demande au président israélien la grâce du soldat qui avait abattu un Palestinien au sol

Le soldat israélien


Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, connu pour sa haine envers les Palestiniens, a recommandé sans surprise dimanche 5 novembre au président Reuven Rivlin, d'accepter la demande de grâce d'Elor Azaria, ce soldat franco-israélien reconnu coupable et condamné à 18 mois de prison, pour avoir achevé un assaillant palestinien blessé et qui gisait au sol.


"Je voudrais vous demander d'accepter sa requête et de lui accorder une grâce pour le reste de sa peine de prison", a écrit le ministre de la Défense dans sa lettre au président. "Il est temps de mettre un terme à cette affaire qui a secoué la société israélienne et de montrer de la pitié pour ce soldat", a ajouté M. Lieberman.



Le président israélien, actuellement en déplacement en Espagne, a fait savoir qu'il se prononcerait à son retour prévu ce jeudi.



Membre d'une unité paramédicale, Elor Azaria, 21 ans avait été filmé le 24 mars 2016 alors qu'il tirait une balle dans la tête d'Abdel Fattah al-Sharif à Hébron en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël. Le Palestinien venait d'attaquer des soldats au couteau. Atteint par balles, il gisait au sol, donc hors d'état de nuire. La vidéo s'était propagée sur les réseaux sociaux.


Lors d'un procès qui avait profondément divisé ses compatriotes, le soldat avait été condamné en juillet à 18 mois de prison pour homicide volontaire. Une faible peine vu la gravité des faits.


Comme le rapportait alors le quotidien israélien Haaretz: "Pour les militaires, il était crucial que cette affaire envoie un message : l’armée israélienne ne fait aucun compromis quand il s’agit des règles d’engagement et du respect de la chaîne de commandement.


Pour la gauche israélienne, les actes [de ce soldat] montrent la déformation des valeurs morales et la déshumanisation des Palestiniens après cinquante ans d’occupation.


Et les politiciens de droite voient Azaria comme un martyr – un soldat motivé et bien intentionné, qui n’a rien fait de mal si ce n’est essayer de protéger ceux qui l’entouraient d’un terroriste qui, disait-il, représentait une menace".


Fin septembre, le chef d'état-major, le général Gadi Eisenkot, avait réduit de quatre mois sa peine. Dans le système israélien, le chef d'état-major a la prérogative de réviser la peine prononcée par la justice militaire.


Elor Azaria n'a jamais exprimé de remords. Il assure avoir craint pour ses camarades qu'Abdel Fattah al-Sharif ne dissimule une ceinture d'explosifs sous ses vêtements.

Le 19 octobre dernier, il a déposé une demande de grâce. De nombreuses personnalités de droite ont constamment exprimé leur soutien au soldat. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait fini par joindre sa voix aux appels à la grâce.


Avigdor Lieberman n'a pas eu la même compassion pour Salah Hamouri, franco-palestinien arrêté, le 23 août par l'armée israélienne à son domicile de Jérusalem-Est et placé le 18 septembre en détention administrative pour une durée de six mois, sans procès, sans charges, pour une durée renouvelable indéfiniment. 


Alors que la justice israélienne devant laquelle il comparaissait avait décidé sa libération sous caution et son placement en résidence surveillée, le ministère de la Défense, un certain Avigdor Lieberman, avait alors émis un ordre de détention administrative. "C'est au moment où son père est venu apporter la caution qu'il a appris l'existence de cet ordre de détention, signé du ministre de la Défense", racontait son épouse, la française Elsa Lefort. 


En résumé, Lieberman réclame une grâce pour un soldat franco-israélien coupable de meurtre et exige la prison pour un avocat franco-palestinien coupable de rien. Un rapport très spécial (personnel) à la justice pour Avigdor Lieberman….


Nadir Dendoune

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.