Le maire RN de Castres déprogramme une pièce « positive » sur l’immigration

 Le maire RN de Castres déprogramme une pièce « positive » sur l’immigration

Alexis Michalik dénonce une décision politique après la déprogrammation de sa pièce Passeport par la mairie RN de Castres. © JOEL SAGET / AFP

Passeport coincé à l’entrée de la ville de Castres. La nouvelle mairie RN a déprogrammé la pièce d’Alexis Michalik, qui traite de façon positive de l’immigration et surtout de l’accueil.

 

« C’est monté en épingle ! Je ne comprends pas cette polémique », s’exclamait mercredi (10 juin), au micro de RMC, le maire Rassemblement national de la ville de Castres (Tarn), Florian Azéma.

Élu au mois de mars, le nouveau maire montre clairement la direction de sa politique en déprogrammant la pièce de théâtre Passeport d’Alexis Michalik. Initialement prévue en février prochain, la pièce raconte l’histoire d’un jeune migrant laissé pour mort dans la jungle de Calais.

Une décision d’annulation totalement assumée par l’élu RN qui évoque un simple choix : « Cette pièce avait un accord de principe, rien n’avait été signé avec ces artistes (…) J’ai été élu en mars et j’applique ce pour quoi j’ai été élu (…) partout en France, les élus font des choix culturels (…) il faut rappeler que derrière, c’est l’argent du contribuable. »

Censure ?

Dans une publication sur Instagram (10 juin), Alexis Michalik, metteur en scène de Passeport, qui dépeint des parcours d’exil, d’identité et d’intégration, rappelait que sa pièce était jouée depuis plusieurs années dans toute la France.

Pour lui, la déprogrammation de la pièce est clairement politique : « La municipalité s’est attardée sur le sujet de la pièce, qui parle de manière plutôt positive des réfugiés, de leur accueil en France, de Calais et de l’immigration en général. »

Une déprogrammation qui a provoqué beaucoup de réactions, notamment celle du maire PS de Lille, Arnaud Deslandes, qui a fustigé cette attaque contre la culture :

« La culture n’est pas un outil de tri idéologique (…) La liberté de création, d’expression et de programmation ne se négocie pas au gré des alternances politiques : elle constitue l’un des fondements de notre démocratie (…) On peut aimer ou non une œuvre, mais la réponse ne peut jamais être la censure. »

« Cancel culture »

Depuis mercredi, plusieurs figures de l’extrême droite ont apporté leur soutien à Florian Azéma.

Julien Odoul, porte-parole du RN, a nié l’annulation de la pièce avant de faire une référence au fait divers qui a touché l’Irlande du Nord, instrumentalisé par l’extrême droite, provoquant une vague d’émeutes racistes à Belfast.

« Le maire de Castres, Florian Azéma, n’a pas annulé cette pièce, il ne l’a pas retenue. Peut-être que le metteur en scène gauchiste Michalik pourrait proposer une pièce de théâtre pour retracer le parcours du migrant soudanais qui a tenté de décapiter un Irlandais à Belfast ? », indiquait le porte-parole RN sur X (10 juin).

Cette déprogrammation a beaucoup fait réagir à gauche aussi. « Partout, quand elle arrive au pouvoir, l’extrême droite s’attaque immédiatement à la culture (…) L’accès par le sensible à notre humanité commune, voilà ce que le RN combat », déclarait Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis, sur X mercredi.

De son côté, Ian Brossat (PCF) mettait en garde contre le vrai visage de l’extrême droite : « Voilà la véritable « cancel culture » : celle de l’extrême droite quand une œuvre ne correspond pas à sa vision réactionnaire du monde. Nous sommes prévenus. »

 

 

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Charly Célinain

Charly Celinain est journaliste pour la rédaction web du Courrier de l’Atlas. Il participe à la production d’articles et réalise des vidéos d’actualité et de décryptage pour le site et les réseaux sociaux du média.