À Nanterre, une médiathèque portera le nom de Mehdi Charef

 À Nanterre, une médiathèque portera le nom de Mehdi Charef

L’écrivain et cinéaste franco-algérien Mehdi Charef pose lors de la présentation de son livre À bras-le-cœur à la Maison de la Radio, à Paris, le 28 février 2006. © Pierre Andrieu / AFP

Trois semaines après la disparition de l’écrivain et cinéaste franco-algérien, Mehdi Charef, la ville de Nanterre a décidé de donner son nom à la médiathèque du Petit-Nanterre. Un hommage symbolique à celui qui a grandi dans le bidonville de la rue des Pâquerettes avant de devenir l’une des grandes voix de la mémoire de l’immigration.

En bref

  • La médiathèque du Petit-Nanterre portera désormais le nom de Mehdi Charef.
  • La décision a été adoptée par le Conseil municipal de Nanterre.
  • L’écrivain et cinéaste a grandi dans le bidonville de la rue des Pâquerettes.
  • Il est considéré comme l’un des pionniers de la littérature beur.
  • La ville souhaite transmettre la mémoire de l’immigration et de son histoire populaire à travers cet hommage.

La médiathèque du Petit-Nanterre rebaptisée

Il y avait, rue des Pâquerettes, un bidonville où la boue collait aux semelles et où les rats partageaient le quotidien des familles. C’est là, au cœur de ce que Nanterre voulait oublier, qu’un gamin nommé Mehdi a grandi. Il deviendra l’un des plus grands témoins de cette mémoire.

Hier, lors du Conseil municipal du 29 juin, la ville lui a rendu ce qui ressemble à une évidence : un nom, gravé sur les murs d’un lieu de savoir et de transmission.

Lors de sa séance du 29 juin, le Conseil municipal de Nanterre a voté le changement de nom de la médiathèque du Petit-Nanterre. Elle s’appellera désormais « Médiathèque Mehdi-Charef ». Une délibération portée par le maire Raphaël Adam (DVG), moins de trois semaines après la mort de l’écrivain et cinéaste franco-algérien, disparu dans la nuit du 9 au 10 juin à l’âge de 73 ans.

Un hommage à l’enfant du bidonville des Pâquerettes

Le choix du lieu n’a rien d’anodin. À quelques mètres de là se trouvait justement le bidonville où la famille Charef avait posé ses valises, celui que l’auteur décrira sans fard dans Rue des Pâquerettes, premier tome de son autobiographie.

Romancier, dramaturge, scénariste et réalisateur, Mehdi Charef est resté toute sa vie l’homme qui a su transformer la précarité de son enfance en littérature. Il a aussi fait de cette littérature une passerelle vers ceux qui, comme lui, n’avaient jamais eu voix au chapitre.

Considéré par beaucoup comme le père de la littérature beur, il aura aussi consacré une part importante de sa vie à transmettre, multipliant les ateliers d’écriture dans les collèges de France pour donner à d’autres les mots qu’on ne lui avait pas offerts.

Mehdi Charef, une voix majeure de la littérature beur

« Son œuvre majeure a donné une voix à des générations souvent restées dans l’ombre », souligne la municipalité dans son communiqué.

En associant son nom à un équipement culturel, et plus particulièrement à une médiathèque, Nanterre choisit de prolonger ce geste. La ville fait de la mémoire de l’immigration, des parcours d’immigration et de son histoire populaire un patrimoine à part entière, accessible à tous, plutôt qu’un souvenir relégué aux marges.

Un lieu de mémoire et de transmission

Il y a quelque chose de juste, presque de circulaire, dans ce symbole.

L’enfant des Pâquerettes a passé sa vie à raconter ceux qu’on ne regardait pas. Désormais, son nom accueillera chaque jour les enfants du Petit-Nanterre venus chercher un livre, une histoire, peut-être la leur.

Une manière, pour la ville, de ne jamais refermer la page.

Vos questions sur Mehdi Charef

Pourquoi Nanterre rend-elle hommage à Mehdi Charef ?

La ville a décidé de donner son nom à la médiathèque du Petit-Nanterre pour saluer son œuvre et son engagement en faveur de la transmission de la mémoire des bidonvilles et de l’immigration.

Qui était Mehdi Charef ?

Mehdi Charef était un écrivain, scénariste, dramaturge et réalisateur franco-algérien. Considéré comme l’un des pionniers de la littérature beur, il a notamment raconté son enfance dans le bidonville de la rue des Pâquerettes à Nanterre.

Pourquoi la médiathèque du Petit-Nanterre ?

Le choix de cette médiathèque est hautement symbolique. Elle se situe à proximité de l’ancien bidonville où Mehdi Charef a grandi avant de devenir une figure majeure de la littérature française contemporaine.

 

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.