Présidentielle 2027 : 5 choses à savoir sur Jean-Luc Mélenchon

 Présidentielle 2027 : 5 choses à savoir sur Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise (LFI), assiste à une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 23 juin 2026. © Alain Jocard / AFP

Pour la 4e fois, Jean-Luc Mélenchon repart à la conquête de la présidentielle de 2027. Le fondateur de La France insoumise entend incarner la gauche de rupture avec une base programmatique défendue bec et ongle, L’Avenir en commun. Mais contrairement à ses précédentes campagnes, celle-ci s’ouvrira dans un contexte profondément marqué par la guerre à Gaza, les débats sur l’immigration et la laïcité, la montée de l’extrême droite ou le changement climatique.

En bref

  • Jean-Luc Mélenchon est candidat à l’élection présidentielle de 2027.
  • Né à Tanger, il revendique son histoire marocaine.
  • Gaza et le droit international occupent une place centrale dans son discours.
  • Il défend la « Nouvelle France » face aux discours identitaires.
  • Les quartiers populaires et une partie de l’électorat musulman constituent des piliers de sa stratégie électorale.

1. Né à Tanger, il revendique son histoire marocaine

« Je suis né quelque part, laissez-moi ce repère, où je perds la mémoire… » Les paroles de la chanson de Maxime Le Forestier renvoient bien à Jean-Luc Mélenchon. Né le 19 août 1951 à Tanger, Jean-Luc Mélenchon est l’enfant d’une famille de pieds-noirs originaires d’Espagne, d’Italie et d’Algérie. Il passe dans la ville du détroit une partie de son enfance jusqu’à ses 11 ans.

Or, jusqu’en 1960, Tanger bénéficie d’un statut particulier. Une douzaine de nations administrent la ville sous la souveraineté du sultan. Une sorte de mini-ONU sur une terre musulmane. Le mélange se fait naturellement entre Marocains, Européens et autres nationalités, mais aussi entre religions. La ville du détroit est d’ailleurs l’une des rares à ne pas avoir de quartier juif (mellah). On y parle anglais, arabe, français et beaucoup espagnol. Les différences s’opèrent surtout entre classes sociales. De riches Tangérois marocains, certes peu nombreux, y côtoient des Européens.

«J’ai eu avant une vie commune avec des gens d’origines et de religions différentes dans un pays en majorité musulman. Je n’y ai jamais croisé la moindre forme de violence religieuse. »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

La première manifestation à la maison

Le goût de la lutte lui vient sans doute aussi de cette période de l’enfance. Comme il le rappelle dans une interview pour l’INA, il ira jusqu’à manifester en faveur du sultan Mohammed Ben Youssef dans la maison familiale, où le comportement du jeune garçon ne plaît pas forcément. Jean-Luc Mélenchon ne s’est jamais caché de cette double culture, préférant la revendiquer pleinement, quitte à faire enrager l’extrême droite.

« Qu’ils soient binationaux ou franco-maghrébins comme moi, ils ont des raisons d’être très inquiets. La supposée « identité » défendue par l’extrême droite est un mythe raciste. Nous devions déjà supporter les préjugés racisants, et s’y ajouterait un discours selon lequel nous pourrions être exclus de l’identité française ! »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

2. Gaza et le Proche-Orient, des marqueurs de sa candidature

C’est dans un train entre Casablanca et Tanger que Jean-Luc Mélenchon publie son message condamnant les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. Sur X, il écrit alors : « Horrifiés, nos pensées et notre compassion vont à toutes les populations désemparées victimes de tout cela. Le cessez-le-feu doit s’imposer. »

Contrairement à une classe politique qui prend « des pudeurs de gazelle » sur la question du massacre de Gaza, sa prise de position est tranchante : cessez-le-feu immédiat, embargo sur les armes livrées à Israël, reprise du financement de l’UNRWA et application du droit international.

« Il ne s’agit pas d’une guerre mais d’un génocide. La Cour internationale de Justice de La Haye, plus haute instance juridique des Nations unies, a établi qu’un risque de génocide était en cours à Gaza. (…) Sur les cinq actes énumérés par la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948, quatre sont vérifiés à Gaza. »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

Le droit international en priorité

Pour ses adversaires, comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon « instrumentalise le conflit israélo-palestinien à des fins électorales ». Jordan Bardella l’accuse régulièrement de rechercher le soutien d’un « électorat communautaire ». Éric Zemmour va plus loin en le présentant comme « le candidat des islamistes ». Souvent accusé d’antisémitisme, ni lui ni aucun membre de son mouvement n’ont été condamnés par la justice pour de tels faits. La droite dure et l’extrême droite reprennent également le terme d’« islamo-gauchisme », qui renvoie au fallacieux « judéo-bolchévisme » de l’entre-deux-guerres. Le leader de La France insoumise répond que ces accusations visent surtout à empêcher tout débat sur les violations des droits humains.

« Que nous soyons Français ou Marocains, nous nous situons dans le cadre des résolutions de l’ONU. Ce qui nous importe, c’est que le droit international s’applique. »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

3. La « Nouvelle France » pour lutter contre le racisme

Le terme « Nouvelle France » circulait déjà depuis quelque temps. Mais c’est lors du meeting de Saint-Denis, le 13 juin 2026, que Jean-Luc Mélenchon lui donne tout son sens.

Devant plus de 28 000 personnes, il déclare alors qu’« un Français sur trois est, selon la formule de Bally Bagayoko, l’héritier de l’immigration ». La foule exulte et lance des « On est chez nous ! », un slogan que l’on entend plus souvent dans les meetings d’extrême droite. Il ajoute : « Nous croyons que notre pays n’est pas raciste… Nous parlons de la Nouvelle France pour obliger à parler de la vie concrète et réelle et pour vous permettre, toutes et tous, la fierté de vous dire : nous sommes la Nouvelle France. »

La division de la puissance du peuple

Dans sa vision, la question du racisme dépasse largement celle de la discrimination individuelle. Il dénonce régulièrement les contrôles au faciès, les discriminations à l’embauche et les violences policières. Selon lui, les divisions identitaires servent avant tout à empêcher les classes populaires de se rassembler.

« L’oligarchie financière a juste la crainte d’une puissance : le peuple, indique-t-il dans Le Courrier de l’Atlas. Faute de légitimité historique, elle ne peut maintenir sa domination sans construire un puissant rempart idéologique. Elle agit donc sans trêve pour fragmenter le peuple. C’est le rôle du racisme et de l’islamophobie. Leur objectif est de bloquer la possibilité de l’unité populaire. La classe médiatique a joué un rôle terrible dans cette construction. »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

Pour Jean-Luc Mélenchon, la « Nouvelle France » est un état de fait et non une opinion. Les critiques illustrent précisément ce qu’il dénonce : une instrumentalisation permanente de l’islam dans le débat public.

« La religion sert de prétexte au racisme. Elle permet de mettre en scène le mythe d’un « choc des civilisations », pour instaurer une fragmentation insurmontable de l’espèce humaine… En réalité, les racistes haïssent les Arabes. »»

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

4. Le vote musulman, un atout électoral pour Jean-Luc Mélenchon

C’est sans doute le 10 novembre 2019 que le schisme à gauche s’opère. Au cœur du débat figure le racisme contre les musulmans, souvent qualifié d’islamophobie. Quelques jours plus tôt, le 28 octobre, deux personnes sont blessées par balles à proximité de la mosquée de Bayonne, dans le sud de la France.

Le tireur, Claude Sinké, décédé avant son procès en 2020, est un octogénaire et ancien candidat du Front national. À l’appel de partis politiques (PCF, La France insoumise, Les Verts), de syndicats (CGT, Solidaires…) et d’associations, plusieurs milliers de personnes défilent à Paris.

Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Éric Coquerel (La France insoumise), Esther Benbassa (Les Verts), Ian Brossat et Elsa Faucillon (PCF), Olivier Besancenot (NPA), Philippe Martinez (CGT) et Guillaume Balas (Générations) sont présents ou apportent leur soutien à la marche. Le Parti socialiste, Yannick Jadot, alors chez Les Verts, mais aussi François Ruffin, qui justifie son absence par un « je joue au foot », s’en désolidarisent.

Cet épisode marque durablement la sympathie qu’une partie des électeurs musulmans éprouve pour Jean-Luc Mélenchon. Elle est également renforcée par le dénigrement dont il estime faire l’objet de la part d’une partie de la classe politique et médiatique.

Une réalité « musulmane » dans les urnes

La réalité de cette dynamique se retrouve dans les urnes. Selon une enquête Ifop réalisée au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, 69 % des électeurs musulmans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Aucun autre électorat confessionnel ne s’est autant porté sur un seul candidat. Cette tendance se confirme aux élections européennes de 2024. Selon un sondage Ifop pour La Croix, 62 % des électeurs musulmans ayant voté choisissent la liste LFI conduite par Manon Aubry.

Pourtant, volontiers « laïcard » et « bouffeur de curé » par le passé, Jean-Luc Mélenchon reconnaît avoir blessé certaines personnes, notamment lors de la masterclass sur la laïcité qu’il mène à l’Assemblée nationale le 6 décembre 2025. Pour lui, la loi de 1905 protège d’abord la liberté de conscience. Elle ne doit pas servir à désigner une religion en particulier.

« Le racisme antimusulman est le plus souvent ignorant de l’islam lui-même et procède par des assimilations ridicules, indique-t-il dans Le Courrier de l’Atlas. L’équation utilisée par les racistes est que les musulmans sont voués à être des terroristes… C’est une méconnaissance complète du terrain qui voudrait que les musulmans aient tous les mêmes convictions politiques. »

Jean-Luc Mélenchon, entretien au Courrier de l’Atlas

5. Le pari des quartiers populaires pour le second tour

Nous sommes le 7 septembre 2024 lors d’une manifestation contre Emmanuel Macron. De jeunes soutiens viennent demander à Jean-Luc Mélenchon des conseils de tactique électorale. Les mots sont captés par les caméras de télévision. « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche… »

Force est de constater que la stratégie lui donne plutôt raison. Le vote des quartiers populaires confirme cette dynamique. En Seine-Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon obtient 49,09 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Dans certaines villes du département, comme Saint-Denis, Bobigny, Clichy-sous-Bois ou Aubervilliers, il dépasse les 60 %. Aux élections municipales, les récentes victoires de villes comme Roubaix ou Saint-Denis renforcent cette dynamique électorale.

Contrairement à ce qu’affirment certains responsables de droite et d’extrême droite, ces résultats ne se résument pas à la religion. Les groupes d’action de La France insoumise mènent chaque semaine un travail de terrain pour inscrire les électeurs et les convaincre de voter. Cette dynamique repose sur plusieurs facteurs : le vote social, le rejet de l’extrême droite, le rapport aux discriminations, l’attachement à la cause palestinienne et le sentiment de stigmatisation.

La candidature la plus difficile de sa carrière

Pour autant, cette quatrième candidature s’annonce sans doute comme la plus difficile de sa carrière. À gauche, plusieurs personnalités contestent désormais son leadership, même s’il sera plus difficile pour Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann de justifier leurs positions sur Gaza.

Le candidat socialiste Karim Bouamrane, qui a annoncé sa candidature, figure parmi les personnalités les plus critiques à l’égard de La France insoumise. À droite et à l’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon est devenu la cible privilégiée. Seul Dominique de Villepin, qui a maintenu une position constante sur Gaza, pourrait lui prendre des voix parmi les électeurs musulmans ou les habitants des quartiers populaires qui ne souhaiteraient pas soutenir la gauche de rupture.

De son côté, prenant une longueur d’avance, Jean-Luc Mélenchon tente désormais d’imposer ses thèmes de campagne : le pouvoir d’achat, le réchauffement climatique, les questions géopolitiques et l’avenir technologique de la France. Finalement, la tortue, comme il aime à se définir, semble bien faire le lièvre durant cette campagne.

Vos questions sur Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2027

Où Jean-Luc Mélenchon est-il né ?

Jean-Luc Mélenchon est né à Tanger le 19 août 1951, alors que la ville bénéficiait d’un statut international. Il revendique régulièrement cette enfance marocaine comme un élément fondateur de son parcours.

Quelle est la position de Jean-Luc Mélenchon sur Gaza ?

Le leader de La France insoumise réclame un cessez-le-feu, l’application du droit international, un embargo sur les livraisons d’armes à Israël et la reprise du financement de l’UNRWA.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon séduit-il une partie de l’électorat musulman ?

Ses positions sur Gaza, la lutte contre les discriminations et la défense de la liberté de conscience lui valent un soutien important d’une partie des électeurs musulmans, comme l’ont montré plusieurs enquêtes d’opinion.

Quelle est la stratégie de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027 ?

Le fondateur de La France insoumise mise sur la mobilisation des quartiers populaires, des jeunes et des catégories populaires. Il met également en avant le pouvoir d’achat, le climat, les enjeux géopolitiques et les transformations technologiques de la France.

 

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.