Migration/UE : un pas de plus vers les « centres de retour » ?

 Migration/UE : un pas de plus vers les « centres de retour » ?

Des migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de traverser la Manche depuis la France sont transportés en bus vers un centre de traitement après avoir été amenés au port de Ramsgate, dans le sud-est de l’Angleterre, le 5 mars 2026, par un navire des forces frontalières britanniques. (Photo de JUSTIN TALLIS / AFP)

Les projets de nouveaux « centres de retour », à l’extérieur de l’Union européenne, avancent sous l’impulsion de cinq États membres. La question du respect des droits humains inquiète les ONG.

 

En bref

  • Cinq États membres de l’UE travaillent à la création de « centres de retour » hors de l’Union.
  • L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas se réunissent le 4 septembre à Copenhague.
  • L’Ouganda et le Rwanda figurent parmi les pays envisagés pour accueillir ces structures.
  • Amnesty International alerte sur les risques de violations des droits humains.
  • Les précédents dispositifs externalisés ont été coûteux et contestés en justice.

Demain (4 septembre), l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas se réuniront à Copenhague. L’objectif est de faire le point sur l’avancement des projets visant à expulser les déboutés de l’asile sur le sol européen vers des « centres de retour » implantés à l’extérieur de l’UE.

Le règlement sur les « centres de retour » a bien été voté le 17 juin dernier, mais l’implantation de telles structures externalisées pose la question du respect des droits humains dans le pays choisi.

Détentions arbitraires, tortures, renvois forcés vers les pays d’origine, Eve Geddie, directrice du Bureau d’Amnesty International auprès des institutions européennes, fait part de ses préoccupations :

« Le danger est réel que ces lieux deviennent, dans la pratique, de cruels trous noirs en matière de droits humains, servant à externaliser ou délocaliser la détention et l’expulsion ».

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Des candidats controversés

Dans le règlement sur les retours adopté le 17 juin dernier, l’obligation de la réalisation d’une évaluation d’impact sur les droits humains n’est pas explicitement mentionnée. Cependant, il est précisé qu’un accord « ne peut être conclu qu’avec un pays tiers dans lequel les normes et principes internationaux en matière de droits humains (…) sont respectés ».

Or, selon Amnesty International, les deux pays actuellement dans les discussions pour accueillir des « centres de retour », l’Ouganda et le Rwanda, ne remplissent pas ces conditions.

L’ONG a déjà documenté les violations des droits humains commises en Ouganda, dont les détentions illégales, les expulsions ou encore une loi anti-LGBTQ+ qui criminalise les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort.

Le Rwanda avait déjà signé un accord avec le Royaume-Uni, pour accueillir les déboutés de l’asile en terre britannique. En 2023, dans un arrêt, la Cour suprême du Royaume-Uni estimait que le Rwanda n’était pas un pays tiers sûr et pointait notamment des détentions arbitraires ou encore des cas de torture. L’accord entre les deux pays a été abandonné depuis.

Centres de retour et racisme

Les précédents exemples de dispositifs s’apparentant à des « centres de retour » se sont révélés coûteux, contestés en justice et d’une portée très limitée. L’accord entre l’Albanie et l’Italie a été attaqué en justice. L’accord entre l’UE et la Libye a été très critiqué pour les graves atteintes aux droits humains et les conditions de détention.

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Le « partenariat stratégique » entre l’UE et la Tunisie, signé en 2023, a été critiqué du fait de la rhétorique raciste du président Kaïs Saïed, des pratiques discriminatoires à l’encontre des Africains subsahariens, sans parler des expulsions collectives de migrants vers la Libye…

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Influencée par l’émergence de l’extrême droite, l’UE doit-elle renvoyer à tout prix ? L’atmosphère délétère du vote sur le règlement sur le retour, le 17 juin au Parlement européen, a poussé sa présidente, Roberta Metsola, à se lever contre cette xénophobie grandissante :

« Les scènes lamentables de députés européens scandant « Renvoyez-les » le mois dernier sont le résultat d’un racisme et d’une xénophobie de longue date, tolérés et encouragés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parlement européen ».


Vos questions sur les « centres de retour »

Que sont les « centres de retour » ?

Ce sont des structures situées dans des pays tiers où pourraient être transférées des personnes n’ayant pas le droit de rester dans l’UE.

Quels pays européens travaillent sur ce projet ?

L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas travaillent ensemble sur ce projet.

Quels pays pourraient accueillir ces centres ?

L’Ouganda et le Rwanda font actuellement partie des pays évoqués dans les discussions.

Pourquoi les ONG s’inquiètent-elles ?

Amnesty International alerte notamment sur les risques de détention arbitraire, de torture et de renvois forcés.

Quand les cinq pays doivent-ils faire le point ?

Une réunion est prévue le 4 septembre à Copenhague.

 

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Charly Célinain

Charly Celinain est journaliste pour la rédaction web du Courrier de l’Atlas. Il participe à la production d’articles et réalise des vidéos d’actualité et de décryptage pour le site et les réseaux sociaux du média.