Rodéos urbains : « Je voudrais avoir la possibilité de choisir des sanctions qui pourraient aller jusqu’au report du mariage », Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis.

 Rodéos urbains : « Je voudrais avoir la possibilité de choisir des sanctions qui pourraient aller jusqu’au report du mariage », Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis.

Le maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin (C). Thomas COEX / AFP

Vendredi 22 juillet, une dizaine de voitures issues d’un cortège de mariage ont pénétré à toute vitesse dans une zone piétonne, à proximité de la mairie de Saint-Denis (93), faisant crisser les pneus et allant jusqu’à frôler trois personnes et un enfant dans une poussette. La scène filmée par une élue de la ville, postée sur les réseaux sociaux, est devenue par la suite virale.

 

Trois semaines après ce rodéo urbain qui aurait pu virer au drame, nous avons contacté le maire de Saint-Denis. Mathieu Hanotin nous a détaillé les mesures qu’il comptait prendre afin que la célébration des mariages dans sa ville reste avant tout une fête.

 

LCDL : Ce n’est pas la première fois que la célébration d’un mariage dégénère à Saint-Denis…

Mathieu Hanotin : Effectivement, même si dans 95% des cas, les choses se passent très bien. Le 22 juillet, on a frôlé la catastrophe. Je rappelle néanmoins que le mariage de ce couple n’avait pas été célébré à la mairie de Saint-Denis. Globalement, nous remarquons qu’il y a de plus en plus de débordements autour des mariages. C’est le cas à Saint-Denis, mais aussi dans d’autres villes en France.

Comment l’expliquez-vous ?

Il y a chez certains comme une abolition du discernement lorsqu’ils sont en train de célébrer un mariage. Ils pensent qu’ils ont le droit de tout faire. Non seulement ils mettent la vie des autres en danger, mais ils prennent aussi des risques pour la leur.

Récemment, lors d’un mariage, j’ai vu un jeune homme qui était accroché sur le toit d’une voiture. Peu importe ce qu’on célèbre, on doit respecter la loi. La loi doit s’appliquer partout et pour tous.

Justement, de quels moyens légaux disposent le maire de Saint-Denis pour sanctionner les débordements qui surviennent lors de mariages ?

Pour être honnête avec vous, ils sont assez limités. Je le regrette profondément. Dans certaines villes, le maire demande une caution aux mariés pour qu’ils s’engagent à ce qu’il n’y ait pas de débordements. C’est un début de solution mais est-ce vraiment juste de demander à tous les couples de faire un effort alors qu’il n’y a qu’une minorité qui se comporte mal ? Je ne le crois pas.

Que proposez-vous alors ?

Avant tout, et c’était une promesse électorale, nous allons développer la vidéo-protection à Saint-Denis. A terme, il y aura 150 caméras installées dans des lieux ciblés de la ville. Elles nous permettront de mieux identifier les délits et même de pouvoir les prévenir en amont. Nous avons également prévu de piétonniser le centre ville. Pour être encore plus efficace, en tant que maire, je voudrais avoir la possibilité de choisir des sanctions qui pourraient aller jusqu’au report du mariage.

Ce qui n’est pas le cas ?

Les textes de loi ne sont pas très clairs : par exemple, en tant que maire, je peux être sanctionné si j’annule un mariage, même si des délits sont commis. Pourtant, si des débordements ont lieu  pendant la célébration d’un mariage, nous devons agir.

Des solutions existent, par exemple, nous pourrions nommer des référents qui seront comptables si la situation se dégrade. Nous pourrions également décider que le mariage soit célébré en comité restreint si des débordements ont eu lieu avant la cérémonie.

Par ailleurs, nous devrions pouvoir  immobiliser les véhicules dont les conducteurs commettent des délits. Ce qui est certain, c’est qu’il est impensable de continuer à mettre en danger la sécurité des habitants sans que des mesures fortes ne soient prises, ou déléguées aux maires.

Il y a aussi un problème au niveau de certains loueurs de voitures …

Effectivement. Il arrive que certains  louent des voitures de luxe qui proviennent de pays étrangers, notamment de Pologne. Ces bolides ont pour avantage d’être plus difficilement traçables et ne sont souvent pas assurés en France. Il faut donc également responsabiliser les loueurs de voitures.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.