Personne n’y comprend rien » : un documentaire politique sur Sarkozy-Kadhafi qui vous éclairera (enfin)

 Personne n’y comprend rien » : un documentaire politique sur Sarkozy-Kadhafi qui vous éclairera (enfin)

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi serre la main du président français Nicolas Sarkozy, le 10 décembre 2007 à l’Élysée, lors d’une visite controversée de cinq jours en France. (Photo Franck Fife / AFP)

Avec un procès sur l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 qui se tient actuellement au tribunal de Paris — il a débuté lundi 6 janvier et doit durer quatre mois — le documentaire Personne n’y comprend rien arrive à point nommé pour éclairer une saga politico-financière complexe et sulfureuse.

 

Avec un titre comme « Personne n’y comprend rien », le réalisateur Yannick Kergoat annonce la couleur : ce documentaire, coproduit par Mediapart, entend éclaircir l’affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Spoiler : à la fin, on comprend (un peu) mieux, mais surtout, on reste sidéré devant l’aplomb de l’ancien président qui clame l’injustice depuis ses tribunes médiatiques. Un exercice d’équilibriste entre le cynisme de l’accusé et l’opiniâtreté des enquêteurs.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce film ne sera pas distribué dans les grands complexes comme UGC ou MK2. Seules les salles d’art et d’essai ont accepté de le programmer. Le sujet du film semble effrayer les circuits traditionnels.

Le film déroule un polar politico-financier qui ferait rougir les scénaristes les plus tordus. Au centre de l’intrigue, un trio explosif : Sarkozy, Kadhafi, et l’homme d’affaires libanais Ziad Takieddine, alias « le pigeon voyageur des valises ».

Ajoutez-y des complices hauts en couleur – Thierry Herzog, Claude Guéant et consorts – et une équipe de journalistes Mediapart en mode « pitbulls du scoop ». Ça donne un cocktail explosif où les millions d’euros coulent à flots… mais pas franchement dans les urnes.

Le décor ? Un appartement vide où les témoins déroulent leur récit. Pas de fioritures, juste des mots qui claquent et des preuves qui s’empilent. La mise en scène minimaliste met le focus sur la mécanique implacable de l’enquête, soutenue par des archives télévisuelles qui prennent une saveur bien différente à la lumière des révélations. Quand on voit Sarkozy dérouler le tapis rouge à Kadhafi en 2007, ça pique encore plus.

Kergoat fait appel à deux poids lourds de l’investigation, les journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et Karl Laske, pour raconter l’histoire. Leur ton sec, précis et un brin sarcastique donne à l’ensemble une dynamique captivante. On sent qu’ils en ont vu passer, des « pactes de corruption présumés ».

Et pour épicer le tout, la voix off de l’actrice Florence Loiret Caille ajoute une touche dramatique qui rappelle les thrillers politiques à la française. C’est comme si Le Bureau des légendes s’invitait dans Les Guignols de l’info.

Le titre joue évidemment sur l’ironie : Sarkozy a lui-même dit que « personne n’y comprend rien », mais ce documentaire prouve le contraire. Les pièces du puzzle sont alignées avec soin, et le spectateur suit avec un mélange de fascination et d’indignation cette saga qui mêle pots-de-vin, rétrocommissions et coups de téléphone surréalistes.

Ce qui rend le film puissant, c’est qu’il ne tombe pas dans la moralisation. On vous montre les faits, bruts, souvent glaçants, et à vous de juger. Personne n’y comprend rien… sauf celles et ceux qui prendront le temps de voir ce film.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.