C’est Obama qui a fait Trump

 C’est Obama qui a fait Trump

Barak Obama et Donald Trump devant la Maison Blanche avant la cérémonie d’investiture


Barack Obama aurait certainement marqué ses deux mandats, de 2009 à 2017, ainsi que l’histoire politique américaine de plusieurs manières. Son cursus universitaire même est brillant. Diplômé de l’Université de Columbia et de la faculté de droit de Harvard, il a été en 1990, le premier afro-américain à présider la prestigieuse « Harvard Law Review ». Avocat à sa sortie de Harvard, il a également enseigné le droit constitutionnel à l’Université de Chicago de 1992 à 2004. Aujourd’hui, il termine son deuxième mandat et il quitte le pouvoir, alors qu’il n’a que 55 ans. Il est ainsi un pur produit de l’élite américaine.


Obama est d’abord, comme tout le monde le sait, le premier président américain noir. Sa première élection en 2009 a été non seulement un acte politique et historique prodigieux dans un pays qui a connu l’atrocité de l’esclavage, 44 présidents blancs, les revendications des droits civiques des années 60, mais aussi un acte qui a suscité l’émotion, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Un monde qui a salué l’élection d’un représentant de la minorité noire américaine, comme la victoire de la démocratie, de l’égalité et de la liberté, ou comme la victoire de l’Amérique sur elle-même.


Au moment où beaucoup de dirigeants politiques n’arrivent pas à communiquer avec leurs citoyens, il maîtrise, lui, le grand art de la communication. Ce n’est pas un hasard si les Américains ont continué à lui faire confiance, jusqu’à son dernier jour au pouvoir. Beaucoup de dirigeants quittent le pouvoir déçus par le rejet de l’opinion, qui leur préfère leurs adversaires. Pas Obama. En quittant le pouvoir, le jour de l’investiture de Donald Trump, il peut se targuer d’avoir encore le soutien de l’opinion américaine. Un soutien confirmé par les derniers sondages.


La communication est une seconde nature chez lui. Il semble lui-même s’y donner à cœur joie, tant son imagination est débordante en la matière. L’intérêt de la communication, c’est que les citoyens se sentent proches d’un président cool, simple, spontané, qui leur renvoie leur propre image, qui donne l’impression de vivre comme eux. Bref, il a réduit la distance qui sépare traditionnellement gouvernants et gouvernés. La communication d’Obama indique en tout cas que l’homme est sûr de lui, de ses qualités, de sa moralité, et de la nature de ses ressources matérielles. De fait, son mandat n’est entaché d’aucun scandale.


Obama est incontestablement un président qui maîtrise le discours oratoire. Avocat de formation, il est à l’aise dans ses discours, improvisés ou pas. Il parle sans notes le plus souvent, en y mettant de la conviction. C’est un homme qui donne l’impression de croire à ce qu’il dit, qui martèle les mots, qui articule, qui fait œuvre de pédagogie, une pédagogie souvent adaptée à l’auditoire.


Toutefois, aussi méritoires que soient les qualités d’Obama, la politique ne se réduit ni à l’art de la communication, ni à la cool attitude. La politique concrète et effective ne s’arrête pas à une danse avec Beyoncé, à l’interprétation d’une chanson de Stevie Wonder, à un match de basket avec des jeunes ou à une promenade décontracté dans un parc à Washington. La com légitime la décision, elle n’est pas la décision. La politique est plus tragique que cela, plus complexe et plus contraignante.


Obama ne laisse pas un successeur ordinaire derrière lui. Il laisse Donald Trump, l’homme qui a battu une femme portée jusqu’au bout par les sondages, Hillary Clinton, une démocrate perçue, il est vrai, comme étant plus républicaine d’esprit que démocrate de cœur par l’Américain moyen. Trump, un homme simpliste avec des idées arrêtées, toutes faites, sorties du fin fond de l’ultra-conservatisme américain. Un homme d’affaires fortuné converti tardivement dans la politique. Un adepte de ce que les commentateurs américains appellent le « nationalisme blanc », pressé de réhabiliter la grandeur de la nation américaine, celle des premières colonies de Boston et de Philadelphie, celle des bâtisseurs de la confédération de la première heure. Une nation aujourd’hui « envahie » par les minorités, les noirs, les hispaniques, les asiatiques, les immigrants, les musulmans. Une nation supposée en régression économique, sociale, nationale et internationale. Une nation menacée par le terrorisme de Daech, devancée politiquement, militairement et stratégiquement par la Russie de Poutine, malmenée en Syrie, compromise par l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, « arnaquée » par les tarifs douaniers imposés par une Chine jouant au commerce déloyal, attaquée de tous parts par les immigrants en provenance du Mexique. Une nation enfin dont les richesses économiques sont gaspillées dans la protection d’une Europe ingrate dans le cadre de l’OTAN. D’où le fameux slogan rassasié de Trump : « les Etats-Unis d’abord ».


Pire encore, le discours populiste de Trump a pu trouver preneur : l’électorat désemparé, troublé, peu rassuré sur ses intérêts par l’ancienne élite politique. Un électorat qui ne demande qu’à croire au discours viril, musclé, rassurant de Trump, dans une période trouble. Même les femmes américaines ont préféré, comme il est de coutume en sociologie électorale, voter pour un homme décidé, sécurisant, à même de réhabiliter quelques vieilles certitudes. Elles n’ont pas voté pour Hillary Clinton, une candidate pourtant féminine par nature, mais une fausse ingénue.


Au fond, c'est Obama qui a fait Trump. Il a beau être un communicateur habile, il a fait montre d’une indécision, d’une irrésolution, donnant l’impression de tourner en rond. Il a presque laissé faire. Alors qu'il avait avec Daech l'occasion de montrer sa résolution et sa valeur morale, il ne l'a pas fait. Sa volonté d'abattre coûte que coûte Bachar, l'allié de la Russie de Poutine, une contre-puissance, l'a emporté chez lui sur la lutte contre le terrorisme, une lutte peu payante sur le plan stratégique. Au final, Obama n'a mis fin ni à Bachar, ni à la montée de Poutine, ni au monstre daechien. Faire un compromis avec Poutine sur la Syrie lui aurait permis de limiter les dégâts causés par Daech et peut être de faire gagner Hillary. Il n'a eu ni le sens du tragique quand il le fallait, ni le sens du compromis au moment opportun. Simpliste, Trump ne pouvait pas mieux tomber. La réussite de ce dernier se ressource de l’irrésolution et de l’ambiguïté du chef démocrate, qui n’a voulu ni la guerre, ni la paix, qui n’a cherché ni la moralité ni l’immoralité, mais qui a préféré se situer dans un entre-deux, politiquement peu porteur, même pour la candidate démocrate.


 L’irrésolution d’Obama, c’est celle de tout l’establishment. L’establishment est accusé d’ailleurs par Trump de conduire autour d’Obama, une politique intellectualiste, subtile, trop élitiste, pour ne pas dire indéterminée, qui a forcément l’appui des médias. Une politique faussement généreuse, coupée du peuple profond, malgré l’obamacare. Quoiqu’elle ne se départ pas du machiavélisme et de la manipulation, comme pour le cas du double jeu d’Obama vis-à-vis de Daech. A la limite, la com d’Obama relève de l’art du camouflage. Un écran lui permettant de s’abriter derrière les difficultés. Donald Trump en voulait encore indirectement à cette élite peu conservatrice dans son discours d’investiture du 20 janvier dernier, à son indétermination au moyen, comme à l’accoutumée, d’un simplisme de choc. Il disait : « L’époque des palabres inutiles est révolue. C’est le moment d’agir. Ne permettez à personne de vous dire que c’est impossible. Aucun défi ne peut être plus grand que l’esprit combatif américain ». C’est pourquoi, il propose en première ligne dans son programme, l’action contre l’inaction.


Hatem M'rad

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