Chibanis/sécurité sociale : l’injustice enfin réparée

 Chibanis/sécurité sociale : l’injustice enfin réparée

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP


C'est une excellente nouvelle et une victoire pour les Chibanis. Depuis le 1er juillet, les retraités étrangers, titulaires d'un titre de séjour, qui ont au moins cotisé au régime de retraite français pendant 15 ans, peuvent désormais bénéficier, sans condition de résidence de la sécurité sociale.


 


Avant, ils avaient l'obligation de séjourner en France au minimum six mois et un jour pour avoir accès à ce droit. Une injustice enfin réparée. Fiona Lazar, députée LREM a défendu ce projet avec d'autres parlementaires de la majorité devant l'Assemblée nationale.


LCDL : C'est une belle victoire …


Fiona Lazar : Oui. D'autant plus que cela fait depuis quelques années qu'associations, parlementaires tentent de mettre fin à cette injustice. Il faut rendre hommage à toutes celles et ceux, associations, politiques, qui ont pu rendre possible cette victoire.


Dans le projet de loi sur le financement de la sécurité sociale, adopté à l'automne 2018, a été intégré un amendement qui permet désormais aux chibanis d'avoir accès à la sécurité sociale sans obligation de résidence en France.


Cette avancée importante vient récompenser notre mobilisation de plusieurs mois avec des députés de la majorité, comme Olivier Veran et Mustapha Laabid et des représentants du monde associatif.


Suite à mes alertes, à travers notamment un courrier au Premier ministre et une question écrite au gouvernement, nous avons pu rencontrer à plusieurs reprises les cabinets du Premier ministre et de la ministre des Solidarités et de la Santé pour trouver des solutions.


Votée en automne, effective depuis le 1er juillet …


Effectivement. La ministre de la Santé à qui j'ai adressé un courrier fin juin m'a confirmé qu'une circulaire avait été envoyée aux différentes caisses de santé afin que soit mis en place cette nouvelle disposition. 


Pourquoi cet amendement est si important à vos yeux ? 


Parce qu'il vient mettre un terme à une injustice. Ces retraités étrangers ont travaillé pour la France, souvent dans des conditions difficiles, avec des petits salaires. Arrivés pour répondre aux besoins de main d’œuvre, ils ont notamment travaillé dans les usines, dans l’automobile, dans la sidérurgie ou encore dans les mines.


Ils ont cotisé, c'est donc normal qu'ils puissent bénéficier de la même couverture sociale que leurs collègues français.


On estime qu’ils sont ainsi environ 300 000 aujourd’hui établis en France, à avoir atteint l’âge de la retraite. Âgés, à l’invalidité croissante, parfois sans famille en France pour les soutenir, touchant des petites pensions et vivant parfois même toujours dans les chambrettes de foyers de travailleurs qu’ils occupaient durant leur vie active, 


ils sont obligés de rester sur le sol français au moins 6 mois dans l’année pour ne pas perdre leur droit à la sécurité sociale. Cette condition de résidence les contraint à multiplier les allers-retours entre leur pays d’origine et la France qui leur font courir un important risque pour leur santé, avec des conséquences parfois dramatiques.

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.